Uber : La course ou la vie


Article proposé par CH sur la page Si tu veux mon avis

Si tu veux mon avis, la mort d’un livreur Uber Eats le 17 janvier dernier à Pessac, en banlieue de Bordeaux, c’est tout sauf un accident.

Quand Deliveroo, Uber Eats et Foodora se sont lancés, c’était l’eldorado pour les livreurs. Les courses étaient plutôt courtes et très bien payées. Les livreurs arrivaient à dégager un revenu conséquent. Bien-sûr, si le job de livreur était aussi bien payé,c’était uniquement pour attirer de nombreux coursiers. Au fil des mois et des années, la rémunération des livreurs n’a fait que baisser. Les distances de livraison, elles, se sont allongées.

Désormais, certains clients sont dans des zones périphériques,parfois des zones industrielles où il est très dangereux de rouler à vélo sur des routes sans piste cyclable, au milieu des camions,des zones mal éclairées où il y a des travaux et des engins de chantier partout, bref, des zones qui ne sont absolument pas adaptées à la circulation de vélos. La baisse des tarifs pousse les livreurs à aller toujours plus vite si ils veulent maintenir un niveau  correct.

Deliveroo et Uber ont également mis en place un système de prime qui lui aussi pousse les livreurs à aller toujours plus vite. Ce système est le suivant : sur une plage horaire donnée, par exemple le dimanche soir de 19h à 23h, un livreur recevra une prime de 20€ si il effectue 8 livraisons, une prime de 35€ si il effectue 12 livraisons et une prime de 50€ si il effectue 15 livraisons. Pour les livreurs, le dilemme est simple,soit ils ne roulent pas trop vite et font en sorte de ne pas avoir d’accident, et dans ce cas ils n’ont pas de prime et touchent une rémunération très faible qui ne permet pas de vivre correctement,soit ils roulent très vite et se mettent en danger dans l’espoir d’obtenir une prime afin de pouvoir vivre dignement.

Il y a trois ans, en travaillant 20 heures par semaine, un livreur pouvait dégager un revenu correct. Aujourd’hui, pour dégager le même revenu, il doit travailler entre 30 et 40 heures. 40 heures de vélo par semaine, dans le froid et sous la pluie en hiver, sous une chaleur insoutenable en été. Moins de temps de repos, la nécessité d’aller toujours plus vite. La fatigue s’accumule, les clients sont toujours plus loin, il y a trois ans, c’était très rare de dépasser les 2km entre le restaurant et le client, aujourd’hui ce sont les commandes en dessous de 3km qui sont devenues rares. Alors oui, les commandes longues sont un peu mieux payées que les courtes, mais clairement, les livreurs sont perdants au change. Une fois qu’on est en périphérie, il faut revenir dans le centre, et voilà encore 2km d’avalés et avec eux encore plus de fatigue physique et psychologique.

 Uber Eats a envoyé un mail à tous ses livreurs suite au décès de Franck. Dans ce mail, ils déplorent un tragique accident. Il ne s’agit pas d’un accident. Si ces entreprises, pour leur profit, ne poussaient pas les livreurs à rouler toujours plus pour  moins, si ces entreprises, pour leur profit, n’obligeaient pas les livreurs à rouler dans des zones dangereuses et absolument pas adaptées aux vélos, Franck serait toujours en vie. Si les bourses étudiantes permettaient de vivre dignement, si le prix de la vie ne faisait pas qu’augmenter encore et encore, si il était possible de se loger pour moins de 500€ par mois, Franck serait toujours en vie. Si l’État avait régulé les plateformes de livraison de repas en leur interdisant par exemple de faire livrer dans des zones trop excentrées, Franck serait toujours en vie.

Uber, Deliveroo, assassins !

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