« Les Antifa sont les vrais Fascistes » – La question de la violence

Vous l’avez sans doute déjà entendu cette phrase toute faite : « les vrais fascistes ce sont les antifa » sous-entendu, ceux qui sont vraiment l’expression actuel de la « méthode fasciste » (violence, autoritarisme, actions de groupes). Vous l’avez même peut-être prononcé. Vous en êtes peut être même convaincu·e. En comment ne pas en être convaincu·e ?

Et puis même que c’est Churchill qui l’a dit !  (sauf que non il n’a jamais dit ça)

Des gens qui se masquent et qui vont en groupe agresser des personnes au titre de leurs opinions supposées. C’est la police de la pensée, ils divisent la lutte, ils font le jeu du grand capital et de macron. Ils sont d’ailleurs peut-être financés par les bourgeois pour rendre la lutte sociale impopulaire et faire fuir les pacifistes.

Cet article n’est pas là pour vous crier dessus ou vous prendre par le col et vous botter les fesses. Il y a d’ailleurs des critiques tout à fait légitimes et pertinentes à faire à la posture et aux méthodes des antifascistes. Mais pour pouvoir faire la critique d’un sujet, la moindre des choses c’est de le connaitre. C’est donc l’objet de ce papier : expliquer ce qu’est l’antifascisme, quelles sont leurs stratégies, leurs méthodes et leurs objectifs.

C’est donc plus dans le but de faire comprendre la position « antifa » que d’essayer de convaincre que c’est la seule et unique méthode qui marche, que je vais m’adresser à vous. Ainsi, vous serez en mesure de comprendre un autre point de vue, quitte à vous en dissocier par la suite voir le critiquer vertement.

Qui sont les « antifa » ?

Tout d’abord, il faut bien comprendre que les antifascistes ne sont pas un groupe de personnes. On ne peut pas les rejoindre ou en devenir membre, il n’y a pas d’uniforme officiel (toute personne masquée en manifestation n’est pas forcément antifa et tou·te·s les antifa ne portent pas forcément un masque) ou de carte officiel, il n’y a pas de cotisation ou de listing
Il n’y a d’ailleurs pas non plus de site web officiel ou de structure hiérarchisée avec des représentant·e·s nommé·e·s par le groupe (si ça vous rappelle les gilets jaunes, vous êtes sur la bonne voie pour comprendre).

Bref l’antifascisme ce ne sont pas des personne mais plutôt une position éthique, philosophique et pratique. En gros, c’est moins quelque chose qu’on est que quelque chose qu’on fait. Ce qui veut dire que qui que vous soyez, l’objectif est de s’opposer au fascisme par tout les moyens nécessaires.

La plupart des gens sont contre le fascisme. Au moins un minimum. Mais c’est vraiment la question de s’y opposer par « tout moyen necessaire » donc qui vous fait vraiment entrer dans un logique, une posture antifasciste. Et même si, comme vous le savez sans doute, ces moyens incluent parfois la violence (j’en reparlerai plus tard dans l’article), la plupart du temps, ces actions concernent d’autre méthodes et d’autres actions :

° Contacter un hôtel, un centre de conférences ou un média pour les prévenir que des rassemblements fascistes sont sur le point de s’opérer chez eux pour les faire annuler est une action antifasciste

° Identifier les personnes présentes à des rassemblement fasciste et prévenir leurs employeur·se·s pour les faire virer est une action antifasciste

° Se présenter à un rassemblement fasciste en très grand nombre pour les submerger par un contre-rassemblement pacifique est une action antifasciste

° Arracher leurs posters à la fac, nettoyer les croix gammées dans le métro, organiser des cyber-attaques pour fermer leurs sites web, demander à la fnac d’arrêter de vendre leurs livres, envoyer un infiltré dans leurs groupes pour filmer en caméra cachée leur fonctionnement interne… Tout cela sont des actions antifascistes.

Et les conséquences de ces actions n’ont par pour seul but d’aider des personnes mais bien de réduire la capacité des fascistes à profiter de la frustration et du sentiment d’impuissance des certains groupes sociaux pour recruter.

Ces moyens d’action sont les plus courants et n’implique a priori aucune confrontation physique avec des militants fascistes. Par contre, cela rend beaucoup plus coûteux socialement d’entreprendre des actions de mobilisation fasciste (ce qui aurait tendance à dissuader des personnes à la marge de ces groupes à les rejoindre dans la mobilisation).

Pourquoi ils ne sont pas libéraux

En réalité vous ne trouverez que peu de libéraux dans les groupes antifascistes. Et cela principalement parce que l’idéologie libérale est très compatible avec de nombreux aspect de la rhétorique d’extrême droite. Ou, pour le dire autrement, l’idéologie fasciste fonctionne très bien quand il s’agit de convaincre des libéraux.

Et c’est le cas principalement parce que les tenant de l’idéologie libérale :

° Se considèrent comme des personnes modérée et non-idéologisé. Iels ont d’ailleurs tendance à présenter le libéralisme non pas comme une idéologie mais comme du « bon-sens » de la « logique pure et factuelle ». Ce qui ne les forme pas politiquement à comprendre les ressorts d’une idéologie.

° Sont la plupart du temps dans une posture de glorification de la « liberté d’expression » dans une perspective très républicaine. On connait bien la phrase mainte fois recrachée « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire » attribuée faussement à Voltaire. Cette posture les rendant extrêmement sensible à la propagande. 

C’est le fameux paradoxe de la tolérance. Que fait-on des personnes qui dont le discours menace en lui même l’existence de la tolérance. Doit-on le tolérer ? En réalité, les philosophes libéraux ont ouvert là une brèche dans laquelle les fascistes on savamment su s’engouffrer.

En effet, le philosophe nazi Carl Schmitt a, dés les années 30, posé un constat sur le libéralisme (système qu’il détestait complètement) qui est une forme, selon lui, d’ « imprécision toujours en attente, avec l’espoir que l’explication définitive, le combat sanglant décisif peut être évité dans un débat parlementaire et éternellement remis par une discussion perpétuelle ».

En effet, il avait réalisé quand dans une société libérale et républicaine comme celles de l’Europe de l’entre-deux guerre, les nazis pourraient « déguiser » leur propagande en « juste un point de vue politique parmi d’autres ».

Ce qui leur permettait de réclamer que ce point de vue puisse être exprimé et entendu par le plus de personnes possible afin qu’il soit débattu. Quand bien même l’objectif n’est pas vraiment de débattre sur la base d’arguments factuels ou rationnels.

Affiche de propagande mussolinienne 

D’autant que dans un système libéral et capitaliste, les inégalités d’accès à l’éducation et à l’information ne sont pas un problème (ceux qui gagnent sont toujours les plus méritants). Et ces inégalités structurent donc, dans la population globale, une absence de formation à l’esprit critique, à l’analyse politique ou à l’éducation aux médias. Ce qui rend la population d’autant plus perméable à la propagande d’extrême droite.

C’est d’ailleurs exactement cette idéologie libérale qui promeut le débat télévisuel permanent  comme source d’information fiable pour savoir le vrai du faux. Argument ultime quand il convient de parler des « antifa »  : ces gens refusent le débat, ils sont sectaires, ils ne croient pas dans la vertu de la liberté d’expression.

On ajoutera d’ailleurs que la question de la liberté d’expression est systématiquement utilisé comme un voile pour draper le véritable problème. En réalité, tout le monde est en faveur d’une restriction de la liberté d’expression (pour l’appel au meurtre par exemple). La question est plutôt quelle restriction est légitime cet donc, quel discours est légitime à être tenu en publique.

Un combat profondément ancré à gauche

Si vous observez la composition des groupes antifascistes, vous vous rendrez compte que ces derniers sont plutôt représentés par des personnes situées à gauche des libéraux/républicains/socio-démocrates : principalement des anarchistes, des communistes ou d’autres groupes idéologiques qui critiquent fermement le libéralisme. (on peut facilement l’observer à partir des drapeaux et logo antifascistes faisant clairement référence aux idéologies des communs et de l’autonomie. 

Cependant on peut aussi y trouver des personne n’ayant pas particulièrement choisi d’idéologie précise mais s’étant engagé dans un groupe locale d’action antifasciste pour répondre à des problématiques locales.

Des groupes locaux et décentralisés


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