Sur la fiabilité des « versions officielles »

Il est coutume de considérer la source officielle comme fiable. Cette considération part du principe que celui qui dispose d’une vision d’ensemble de tous les éléments, qui dispose des compétences qu’il peut utiliser de la façon la plus efficace possible, c’est l’État. Dans un crash d’avion, un scandale financier, une guerre, un attentat, on se tourne naturellement vers un organisme institutionnel pour obtenir l’information la plus fiable possible.

Mais que se passe-t-il quand les intérêts de l’émetteur de l’information rencontre un conflit d’intérêt, que se passe-t-il quand la version officielle est un mensonge ?

Christophe Castaner a menti de très nombreuses fois sur les violences policières

Dans la nuit du 27 au 28 mars 2019, Ange Dibenesha, un habitant du Raincy de 31 ans, est arrêté lors d’un contrôle routier pour un taux d’alcoolémie positif. 72h après, il meurt à la Salpêtrière. Après que sa mère eut posté une vidéo posant des questions, et mettant en lumière le silence de la police, l’affaire devient virale. Des personnalités relaient l’information sur les réseaux sociaux, la presse s’en fait l’écho. Le dimanche, juste après son décès, une version officielle est livrée, et dresse un portrait à charge, c’est à dire, celui d’un toxicomane qui aurait plusieurs identités, qui aurait avalé une substance inconnue devant les policiers. Le 5 avril, les dernières analyses démontrent qu’il a avalé 25g de cocaïne devant l’équipage chargé de le garder en attendant un véhicule pour le placer en dégrisement.

Ange Dibenesha

De nombreuses questions subsistent dans cette affaire, dans la façon de traiter ce cas. Peut être que la préfecture livre un récit qui colle à la réalité, mais nombreux sont ceux chez qui le doute s’est installé. S’agit-il de complotisme ? Peut-on raisonnablement douter de la version officielle ?

Ça ne serait pas la première fois que l’État ment.

Yves Jannier est le procureur de Pontoise. Celui qui a été saisi au moment de la mort d’Adama Traoré. On sait qu’il a menti. Sciemment. Et à plusieurs reprises, pour couvrir les gendarmes.

Collectif qui demande la vérité et la justice pour Adama Traoré

A Sivens, Rémi Fraisse est tué par une grenade lancée par des gendarmes. L’enquête a démontré un grand nombre de mensonges, par omission, ou non, de toute la chaine hiérarchique, allant des gendarmes sur place jusqu’à Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’intérieur, du parquet d’Albi jusqu’à Christiane Taubira.

Le mouvement des gilets jaunes a donné lieu, pendant trois mois, à de nombreuses violences policières, dont plusieurs ont été documenté. Zyneb Redouane est une femme de 80 ans qui, voyant l’émeute se dérouler dans son quartier, choisit de fermer ses volets. Elle est touchée à la tête par un palet de lacrymogène, et décédera des suites de l’opération 24h plus tard. La version officielle est que son décès est dû à son âge, et à des complications d’ordres médicales, occultant par la même la raison qui l’a envoyé en chirurgie.

Le collectif Adama demande également la vérité pour Zineb

Genevière Legay est une militante des gilets jaunes. Le 23 mars, à Nice, elle est prise dans une charge de la police, est poussée violemment et chute au sol. Hospitalisée, elle est tenue sous la garde d’un service de sécurité privé mandaté par le préfet pour tenir à l’écart les journalistes. La version officielle, donnée le jour même par Christophe Castaner, dédouane les policiers, ce que l’enquête viendra contredire quelques jours plus tard.

Joèl Mathurin, préfet à Besançon, s’est empressé de livrer une version à charge contre un gilet jaune frappé à la tête le 30 mars, alors même que plusieurs documents vidéos montrent que le geste du policier est purement gratuit et contraire à toutes les pratiques autorisées.

Le jeune frappé sans raison secouru par les street médics

Un autre aspect de cette façon de communiquer est de laisser filtrer en off des informations à charge, via les syndicats policiers. Il ne s’agit pas ici d’une version officielle, mais quand ces informations viennent protéger l’institution quand celle-ci est mise en cause, elles remplissent le même rôle. La « source policière » bénéficie du même crédit que la source officielle.

A ce titre, Théo Luhaka, jeune aulnaysien dont les violences subies ont été filmées, s’est vu infliger des pressions de toute part. Des informations en off sur lui et sa famille, ont été dévoilées durant tout le long du temps médiatique de l’affaire.

Plus récemment, un membre du collectif Désarmons-les, interpellé parce qu’il détenait des munitions vides, afin d’illustrer une conférence sur les usages policiers, a vu son casier judiciaire transmis en off à des journalistes.

Une stratégie dangereuse

Les mensonges d’Etat ne sont pas une nouveauté. Le pouvoir a toujours utilisé certaines méthodes douteuses pour protéger ses intérêts. Ce qui a changé, c’est qu’à l’ère des réseaux sociaux, de la multitude de caméras, de la démocratisation des moyens de communication, la communication de crise se doit d’être rapide et spectaculaire. Cette pratique moderne doit donc justifier l’injustifiable, excuser l’inexcusable, prendre la défense de ses affidés, et éventuellement faire sauter le bon fusible au bon moment pour éviter le seul vrai drame craint par le pouvoir, le procès en légitimité.

La communication de crise repose donc sur différentes méthodes : le mensonge, le mensonge par omission, la mauvaise foi, et la communication en off. Dans un contexte social tendu, le président lui-même appuie une version mensongère à propos de Geneviève Legay, tout en couvrant Benalla, Emelien et d’autres de ses proches. Dans le même temps, il ira jusqu’à déclarer qu’on ne peut pas parler de violences policières dans un Etat de droit, donnant une cohérence aux versions que nous livrent le pouvoir ces derniers mois.

Benalla escortant le Président

Si on connait les objectifs et les outils du pouvoir, tout ça ne serait pas possible sans la participation active d’une partie des médias, celle qui n’accorde du crédit qu’à la version officielle, peu importe si celle ci n’est pas crédible un instant. De la part de ces journalistes, le soutien est inconditionnel. Cette pratique est d’autant plus visible que les impératifs d’un journal qui publie en ligne imposent une publication rapide de dépêches quasi brutes.

Ce système repose également sur la complicité d’autres institutions, et services de l’État. La justice, qui côtoie la police et qui entretient une relation particulière avec. Dans le cas de Geneviève Legay, la question de la duplicité de la direction de l’hôpital est une question qui semble légitime. Dans d’autres cas, un recteur, un directeur de lycée, un élu…

Geneviève Legay aux pieds des policiers

On peut donc légitimement se poser de sérieuses questions sur les versions officielles, en particulier dans les cas où la police est mise en cause. Quand la police tue ou mutile, ou « seulement » ne respecte pas ses propres procédures, les droits d’un mis en cause et la déontologie, remettre en question l’ordre établit n’est pas du conspirationnisme. Se prémunir contre la tentation du complot, tout comme celle de céder sa confiance aveuglement à l’Etat, impose de connaître les circuits de fabrication de l’information.

Pour toutes ces raisons, je ne crois pas les versions officielles.

Article proposé par Pavel

Guide d’investigation : utiliser les « sources ouvertes »

Article de Tek sous licence CC-BY-SA traduit par l’association à l’aide de DeepL.

Nous traduisons ici un guide d’OSINT (Open Source INTelligence) paru sur randhome.io afin d’aider les activistes à obtenir des informations sur, par exemple, des organisations d’extrême-droite afin de se protéger de leurs attaques. Les informations obtenues grâce à l’OSINT sont par définition accessibles publiquement. Évidemment, nous n’encourageons aucun usage illégal de ces techniques.

Par ailleurs, ce guide a été écrit pour des personnes avec un niveau déjà intermédiaire ou avancé en connaissances techniques. Si vous n’avez pas ces connaissances, vous pouvez toujours survoler l’article et l’utiliser comme une référence pour connaître les principaux outils intéressants, et voir ce que vous arriverez à en tirer. En particulier, ne sont pas abordées en profondeur les précautions nécessaires à l’investigation et à la protection de son identité et de son ordinateur sur Internet. Un bon début dans la matière est ce guide produit par Motherboard. Ne sont pas abordés non plus : l’usage d’utilitaires Linux/MacOS en ligne de commande (on pourra consulter le tutoriel d’OpenClassrooms sur le sujet), l’utilisation d’un VPS, d’un VPN, la programmation en Python…


J’ai fait beaucoup d’Intelligence Open-Source (OSINT) dernièrement, donc pour célébrer 2019, j’ai décidé de résumer beaucoup de trucs et astuces que j’ai appris dans ce guide. Bien sûr, ce n’est pas le guide parfait (aucun guide ne l’est), mais j’espère qu’il aidera les débutant-es à apprendre, et les hackers expérimenté-es d’OSINT à découvrir de nouveaux trucs.

Méthodologie

La méthodologie classique d’OSINT que vous trouverez partout est directe :

  • Définir les besoins : que cherche-t-on ?
  • Récupérer les données
  • Analyser l’information recueillie
  • Pivotement et rapport : soit définir de nouvelles exigences en s’appuyant sur les données qui viennent d’être recueillies, soit mettre fin à l’enquête et rédiger le rapport

Cette méthodologie est assez intuitive et peut ne pas aider beaucoup de gens, mais je pense qu’il est quand même important d’y revenir régulièrement, et de prendre le temps de repasser en revue les différentes étapes. Très souvent, au cours des enquêtes, nous nous perdons dans la quantité de données recueillies, et il est difficile d’avoir une idée de la direction que doit prendre l’enquête. Dans ce cas, je pense qu’il est utile de faire une pause et de revenir aux étapes 3 et 4 : analyser et résumer ce que vous avez trouvé, énumérer ce qui pourrait vous aider à pivoter et définir de nouvelles questions  (ou des questions plus précises) qui nécessitent encore des réponses.

Les autres conseils que je donnerais sont :

  • N’abandonnez jamais : il y aura un moment où vous aurez l’impression d’avoir exploré toutes les possibilités d’obtenir de l’information. N’abandonnez pas. Faites une pause (une heure ou une journée à faire autre chose), puis analysez à nouveau vos données et essayez de les voir sous un autre angle. Y a-t-il une nouvelle information sur laquelle vous pourriez pivoter ? Et si vous vous étiez posé-e les mauvaises questions au début ? Justin Seitz a récemment écrit un article sur la ténacité sur son blog, donnant quelques exemples où la ténacité a porté ses fruits.
  • Conserver les preuves : l’information en ligne disparaît très rapidement. Imaginez que vous fassiez une seule erreur d’exécution, comme liker un tweet, ou que la personne que vous recherchiez commence à être suspicieuse, soudainement tous les comptes de réseaux sociaux et et sites Web peuvent disparaître d’un jour à l’autre. Conservez donc des preuves : captures d’écran, archives, archives web (plus d’informations sur ça plus tard) ou tout ce qui fonctionne pour vous.
  • Les frises chronologiques ont du bon : en criminalistique, les délais et le fait de pivoter sur des événements qui se produisent en même temps sont essentiels. Ce n’est certainement pas aussi important dans l’OSINT mais c’est quand même un outil très intéressant pour organiser vos données. Quand le site Web a-t-il été créé ? Quand le compte Facebook a-t-il été créé ? Quand le dernier billet du blog a-t-il été publié ? Avoir tout cela dans un tableau me donne souvent une bonne vue d’ensemble de ce que je cherche.

Il y a deux autres méthodes que je trouve utiles. La première, ce sont des graphes pour décrire les méthodes de recherche d’informations en fonction d’un type de données (comme un e-mail). Le meilleur graphe que j’ai vu est celui fait par Michael Bazzell chez IntelTechniques.com. Par exemple, voici le graphe de Michael Bazzell lors de la recherche d’informations sur une adresse e-mail :

Graphe d’OSINT e-mail par Michael Bazzell

Après un certain temps, je pense que c’est une bonne idée de commencer à développer vos propres graphes d’enquête et de les améliorer lentement au fil du temps avec les nouveaux trucs que vous trouvez.

La dernière méthodologie que je recommande pour les longues enquêtes est l’analyse des hypothèses concurrentes. Cette méthodologie a été développée par la CIA dans les années 70 pour aider les analystes à éliminer les biais de leur analyse et à évaluer soigneusement les différentes hypothèses. N’oubliez pas qu’il s’agit d’un outil lourd et chronophage, mais si vous vous perdez dans une enquête qui dure un an, il est parfois bon d’avoir un processus qui vous aide à évaluer soigneusement vos hypothèses.

Préparer votre système

Avant de vous lancer dans l’enquête, il y a quelques aspects de la sécurité opérationnelle que vous devriez prendre en considération afin d’éviter d’alerter les personnes sur lesquelles vous effectuez des recherches. Visiter un site Web personnel obscur pourrait donner votre adresse IP et donc votre emplacement à votre cible, l’utilisation de votre compte personnel de réseaux sociaux pourrait conduire à un clic sur un like par erreur, etc.

Je suis les règles suivantes pendant mes investigations :

  • Utilisez un VPN commercial ou Tor pour toutes les connexions depuis votre navigateur pour l’investigation. La plupart des VPN commerciaux fournissent des serveurs dans différents pays et Tor vous permet de choisir le pays du nœud de sortie donc j’essaie de choisir un pays qui n’alerterait pas en fonction du contexte (Etats-Unis pour une enquête sur une organisation américaine, etc.).
  • Effectuez tous les scans et les tâches d’exploration à partir d’un VPS bon marché qui n’a aucune info sur vous.
  • Utilisez des comptes de réseaux sociaux dédiés à l’enquête et créés sous un faux nom.

Après avoir fait tout cela, vous pouvez maintenant enquêter aussi tard dans la nuit que vous le souhaitez, il est assez peu probable que les gens seront en mesure d’identifier qui est à leur recherche.

Outillage

La question de l’outil est toujours une question curieuse dans l’infosec, rien ne me dérange plus que les gens qui listent une liste interminable d’outils dans leur CV et non les compétences qu’ils ont. Permettez-moi donc de le dire clairement : les outils n’ont pas d’importance, c’est ce que vous faites avec les outils qui comptent. Si vous ne savez pas ce que vous faites, les outils ne vous aideront pas, ils vous donneront simplement une longue liste de données que vous ne pourrez pas comprendre ou évaluer. Testez les outils, lisez leur code, créez vos propres outils, etc, mais assurez-vous de bien comprendre ce qu’ils font.

Le corollaire, c’est qu’il n’y a pas de boîte à outils parfaite. La meilleure boîte à outils est celle que vous connaissez, aimez et maîtrisez. Mais laissez-moi vous dire ce que j’utilise et quels autres outils peuvent vous intéresser.

Chrome et les modules

J’utilise Chrome comme navigateur d’investigation, principalement parce que Hunchly n’est disponible que pour Chrome (voir ci-dessous). J’y ajoute quelques plugins utiles :

  • archive.is Button permet d’enregistrer rapidement une page web dans archive.is (plus d’informations à ce sujet plus tard)
  • Wayback Machine pour rechercher une page archivée dans archive.org Wayback machine
  • OpenSource Intelligence donne un accès rapide à de nombreux outils OSINT
  • EXIF Viewer permet de visualiser rapidement les données EXIF en images
  • FireShot pour faire des captures d’écran rapidement

Hunchly

J’ai récemment commencé à utiliser Hunchly et c’est un excellent outil. Hunchly est une extension Chrome qui permet de sauvegarder, étiqueter et rechercher toutes les données web que vous trouvez pendant l’enquête. Fondamentalement, il vous suffit de cliquer sur « Capture » dans l’extension lorsque vous démarrez une enquête, et Hunchly enregistrera toutes les pages web que vous visitez dans une base de données, vous permettant d’y ajouter des notes et des tags.

Il coûte 130$/an, ce qui n’est pas grand-chose si l’on considère son utilité.

Capture d’écran du tableau de bord Hunchly

Maltego

Maltego est plus un outil de threat intelligence qu’un outil OSINT et a de nombreuses limites, mais un graphe est souvent le meilleur moyen de représenter et d’analyser les données d’enquête et Maltego est bon à ça. Fondamentalement Maltego offre une interface graphique pour créer des graphes, et d’enrichir le graphe avec de nouvelles données (par exemple, des domaines liés à une adresse IP d’une base de données « passive DNS »). C’est un peu cher (999$/an la première année, puis 499$/an pour le renouvellement) et ne vaut peut-être la peine que si vous faites aussi du threat intel ou beaucoup d’analyse des infrastructures. Vous pouvez également utiliser Maltego Community Edition qui limite l’utilisation de l’option transform et la taille du graphique, mais elle devrait être largement suffisante pour les petites enquêtes.

Capture d’écran de Maltego (source : Paterva)

Harpoon

J’ai développé un outil en ligne de commande appelé Harpoon (voir le billet de blog ici pour plus de détails). Il a commencé comme un outil de threat intel, mais j’ai ajouté de nombreuses commandes pour l’OSINT. Il fonctionne avec python3 sous Linux (mais MacOS et Windows devraient aussi fonctionner) et est open source.

Par exemple, vous pouvez utiliser Harpoon pour rechercher une clé PGP sur des serveurs de clés :

$ harpoon pgp search tek@randhome.io
[+] 0xDCB55433A1EA7CAB 2016-05-30 Tek__ tek@randhome.io

Il y a une longue liste de plugins, n’hésitez pas à coder de nouvelles fonctionnalités intéressantes ou à suggérer des améliorations.

Python

Très souvent, vous vous retrouverez avec des tâches spécifiques de collecte et de visualisation de données qui ne peuvent pas être effectuées facilement avec n’importe quel outil. Dans ce cas, vous devrez écrire votre propre code. J’utilise python pour cela, n’importe quel langage de programmation moderne fonctionnerait également, mais j’aime la flexibilité de python et le nombre énorme de bibliothèques disponibles.

Justin Seitz (l’auteur de Hunchly) est une référence sur python et l’OSINT, et vous devriez certainement jeter un œil à son blog Automating OSINT et son livre Black Hat Python.

Vous aimerez peut-être aussi…

Il existe bien sûr de nombreux autres outils pour l’OSINT, mais je les trouve moins utiles dans mon travail quotidien. Voici quelques outils que vous voudrez peut-être regarder, ils sont intéressants et bien faits mais ne correspondent pas vraiment à mes habitudes :

SpiderFoot est un outil de reconnaissance qui recueille des informations à travers différents modules. Il a une belle interface web et génère des graphiques montrant les liens entre les différents types de données. Ce que je n’aime pas, c’est qu’il est considéré comme l’outil magique qui trouve tout pour vous, mais aucun outil ne pourra jamais vous remplacer pour savoir ce que vous cherchez et analyser les résultats. Oui, vous devrez faire la recherche par vous-même et lire les résultats un par un, et SpiderFoot n’aide pas beaucoup sur ce point. Bon travail et belle interface par contre.


Capture d’écran de SpiderFoot (source : spiderfoot.net)

recon-ng est un bel outil en ligne de commande pour interroger différentes plateformes, réseaux sociaux ou plateformes de threat intel. C’est assez proche de ce que Harpoon fait, en fait. Je ne l’utilise pas parce que j’utilise déjà Harpoon qui correspond à mes besoins et je n’aime pas vraiment l’interface shell qu’il offre.
Buscador est une machine virtuelle Linux qui intègre de nombreux outils OSINT différents. Je préfère toujours avoir mes propres systèmes personnalisés mais c’est une belle façon d’essayer de nouveaux outils sans avoir à les installer un par un.

Allons-y !

Passons maintenant au vrai sujet : qu’est-ce qui peut vous aider dans les enquêtes OSINT ?

Infrastructure technique

L’analyse de l’infrastructure technique est à la croisée des chemins entre le threat intel et le renseignement en source ouverte (OSINT), mais elle constitue certainement une partie importante des enquêtes dans certains contextes.

Voici ce que vous devriez rechercher :

  • IP et domaines : il existe de nombreux outils différents pour cela mais je trouve que Passive Total (maintenant appelée RiskIQ) est l’une des meilleures sources d’information. L’accès gratuit vous donne 15 requêtes par jour via l’interface web et 15 via l’API. Je m’y fie beaucoup, mais Robtex, HackerTarget et Security Trails sont d’autres bonnes options.
  • Certificats : Censys est un excellent outil, mais crt.sh, moins connu et moins fantaisiste, est aussi une très bonne base de données de transparence des certificats.
  • Scans : il est souvent utile de savoir quels types de services s’exécutent sur une IP, vous pouvez faire le scan vous-même avec nmap, mais vous pouvez aussi vous fier à des plateformes qui scannent régulièrement toutes les adresses IPv4 pour vous. Les deux principales plates-formes sont Censys et Shodan, elles se concentrent toutes les deux sur des aspects différents (plus d’IoT pour Shodan, plus sur le TLS pour Censys) donc il est bon de connaître et d’utiliser les deux.
  • BinaryEdge est une alternative assez nouvelle mais qui évolue rapidement. Plus récemment, une plateforme chinoise similaire, appelée Fofa, a été lancée. Une autre source d’information est Rapid7 Open Data mais vous devrez télécharger les fichiers de scan et faire vos propres recherches. Enfin, je trouve que les informations historiques sur les adresses IP sont une mine d’or pour comprendre l’évolution d’une plateforme, Censys ne fournit ces données que par le biais d’abonnements payants (disponibles gratuitement pour les chercheurs universitaires) mais Shodan les fournit directement via l’IP, ce qui est formidable ! Regardez la commande harpoon shodan ip ip -H IP pour voir ce qu’elle donne (vous devrez acheter à Shodan un compte à vie).
  • Informations sur les menaces : même si elles ne sont pas essentielles dans l’OSINT, il est toujours intéressant de vérifier les activités malveillantes d’un domaine, IP ou URL. Pour ce faire, je m’appuie principalement sur Passive Total et sur AlienVault OTX.
  • Sous-domaines : il existe de nombreuses façons de trouver une liste de sous-domaines pour un domaine, de la recherche Google (site:DOMAINE) à la recherche d’autres domaines dans les certificats. PassiveTotal et BinaryEdge implémentent cette fonctionnalité directement, vous pouvez donc simplement les interroger pour obtenir une première liste.
  • Google Analytics et les réseaux sociaux : la dernière information qui est vraiment intéressante, est de vérifier si le même ID Google Analytics / Adsense est utilisé dans plusieurs sites web. Cette technique a été découverte en 2015 et est bien décrite ici par Bellingcat. Pour rechercher ces connexions, j’utilise surtout Passive Total, SpyOnWeb et NerdyData (publicwww est une autre alternative non libre).

Moteurs de recherche

Selon le contexte, vous voudrez peut-être utiliser un moteur de recherche différent au cours d’une enquête. Je compte surtout sur Google et Bing (pour l’Europe ou l’Amérique du Nord), Baidu (pour l’Asie) et Yandex (pour la Russie et l’Europe orientale).

Bien sûr, le premier outil d’enquête est l’opérateur de recherche. Vous trouverez une liste complète de ces opérateurs pour Google ici, voici un extrait des plus intéressants :

  • Vous pouvez utiliser les opérateurs logiques booléens suivants pour combiner les requêtes : AND, OR, + et –
  • filetype: permet de rechercher des extensions de fichiers spécifiques
  • site: va filtrer les recherches sur un site web spécifique
  • intitle: et inurl: va filtrer sur le titre ou l’url
  • link: trouve les pages web ayant un lien vers une url spécifique (obsolète en 2017, mais encore partiellement fonctionnel)

Quelques exemples :

  • NOM + CV + filetype:pdf peut vous aider à trouver le CV de quelqu’un
  • DOMAINE -site:DOMAINE peut vous aider à trouver les sous-domaines d’un site web
  • PHRASE -site:DOMAINEDORIGIN.COM peut vous aider à trouver un site Web qui a plagié ou copié un article

Lectures supplémentaires :

Images

Pour les images, il y a deux choses que vous voulez savoir : comment trouver des informations supplémentaires sur une image et comment trouver des images similaires.

Pour trouver des informations supplémentaires, la première étape consiste à examiner les données Exif. Les données Exif sont des données incorporées dans une image lors de sa création et contiennent souvent des informations intéressantes sur la date de création, l’appareil photo utilisé, parfois des données GPS, etc. Pour le vérifier, j’aime bien utiliser la ligne de commande ExifTool mais l’extension Exif Viewer (pour Chrome et Firefox) est aussi très pratique. De plus, vous pouvez utiliser ce super site Web Photo Forensic qui a beaucoup de fonctionnalités intéressantes (d’autres alternatives sont exif.regex.info et Foto Forensics).

Pour trouver des images similaires, vous pouvez utiliser Google Images, Bing Images, Yandex Images ou TinEye. TinEye a une API utile (voir ici comment l’utiliser) et Bing a une fonctionnalité très utile qui vous permet de rechercher une partie spécifique d’une image. Pour obtenir de meilleurs résultats, il peut être utile de supprimer l’arrière-plan de l’image, remove.bg est un outil intéressant pour cela.

Il n’y a pas de moyen facile d’analyser le contenu d’une image et de trouver son emplacement par exemple. Vous devrez rechercher des éléments spécifiques dans l’image qui vous permettent de deviner dans quel pays elle peut se trouver, puis faire des recherches en ligne et comparer avec des images satellites. Je vous suggère de lire quelques bonnes enquêtes de Bellingcat pour en savoir plus à ce sujet, comme celle-ci ou celle-là.

Lectures supplémentaires :

Réseaux sociaux

Pour les réseaux sociaux, il existe de nombreux outils disponibles, mais ils dépendent fortement de la plateforme. Voici un bref extrait d’outils et d’astuces intéressants :

Plateformes de cache

Il existe plusieurs plateformes de mise en cache de sites Web qui peuvent être une excellente source d’information au cours d’une enquête, soit parce qu’un site Web est en panne, soit pour analyser l’évolution historique du site. Ces plates-formes font soit de la mise en cache automatique des sites Web, soit de la mise en cache sur demande.

  • Moteurs de recherche : la plupart des moteurs de recherche mettent en cache le contenu des sites Web lorsqu’ils les parcourent. C’est vraiment utile et de nombreux sites Web sont disponibles de cette façon, mais gardez à l’esprit que vous ne pouvez pas contrôler quand il a été mis en cache en dernier (très souvent moins d’une semaine auparavant) et il sera probablement supprimé bientôt, donc si vous y trouvez quelque chose d’intéressant, pensez à sauvegarder rapidement la page mise en cache. J’utilise le cache des moteurs de recherche suivants dans mes enquêtes : Google, Yandex et Bing
  • Internet Archive : l’Internet Archive est un grand projet qui vise à sauvegarder tout ce qui est publié sur Internet, ce qui inclut l’exploration automatique des pages Web et la sauvegarde de leur évolution dans une énorme base de données. Ils offrent un portail web appelé Internet Archive Wayback Machine, qui est une ressource incroyable pour analyser les évolutions d’un site web. Une chose importante à savoir est que l’Internet Archive supprime du contenu sur demande (ils l’ont fait par exemple pour la société Stalkerware Flexispy), vous devez donc enregistrer le contenu qui doit être archivé ailleurs.
  • Autres plateformes de mise en cache manuelle : J’aime beaucoup archive.today qui permet de sauvegarder des instantanés de pages web et de chercher des instantanés faits par d’autres personnes. perma.cc est bon mais n’offre que 10 liens par mois pour des comptes gratuits, la plateforme est principalement dédiée aux bibliothèques et universités. Leur code est open-source par contre, donc si je devais héberger ma propre plateforme de mise en cache, j’envisagerais certainement d’utiliser ce logiciel.

Parfois, il est ennuyeux d’interroger manuellement toutes ces plateformes pour vérifier si une page Web a été mise en cache ou non. J’ai implémenté une simple commande dans Harpoon pour faire cela :

$ harpoon cache https://citizenlab.ca/2016/11/parliament-keyboy/
Google: FOUND https://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache%3Ahttps%3A%2F%2Fcitizenlab.ca%2F2016%2F11%2Fparliament-keyboy%2F&num=1&strip=0&vwsrc=1
Yandex: NOT FOUND
Archive.is: TIME OUT
Archive.org: FOUND
-2018-12-02 14:07:26: http://web.archive.org/web/20181202140726/https://citizenlab.ca/2016/11/parliament-keyboy/
Bing: NOT FOUND

De plus, gardez à l’esprit que Hunchly, mentionné précédemment, enregistre automatiquement une archive locale de toutes les pages que vous visitez lorsque l’enregistrement est activé.

Collecte des preuves

La collecte de preuves est un élément clé de toute enquête, surtout si elle risque d’être longue. Vous serez certainement perdu-e dans la quantité de données que vous avez trouvées plusieurs fois, les pages web changeront, les comptes Twitter disparaîtront, etc.

Choses à garder à l’esprit :

  • Vous ne pouvez pas vous fier à l’Internet Archive, utiliser d’autres plateformes de cache et si possible des copies locales.
  • Enregistrer des images, des documents, etc.
  • Prendre des captures d’écran
  • Sauvegardez les données des comptes de réseaux sociaux, elles peuvent être supprimées à tout moment. (Pour les comptes Twitter, Harpoon a une commande pour sauvegarder les tweets et les infos utilisateur dans un fichier JSON)

Lectures supplémentaires :

Raccourcisseurs d’URL

Les raccourcisseurs d’URL peuvent fournir des informations très intéressantes lorsqu’ils sont utilisés, voici un résumé sur la façon de trouver des informations statistiques pour différents fournisseurs :

  • bit.ly : ajoutez un + à la fin de l’url, comme ça : https://bitly.com/aa++
  • goo.gl : (bientôt obsolète), ajoutez un + à la fin qui vous redirige vers une url comme ça : https://goo.gl/#analytics/goo.gl/[ID HERE]/all_time
  • ow.ly est le raccourcisseur d’url de hootsuite mais vous ne pouvez pas voir les statistiques
  • tinyurl.com ne montre pas les statistiques mais vous pouvez voir l’url avec http://preview.tinyurl.com/[id]
  • Avec tiny.cc, vous pouvez voir les statistiques en ajoutant un ~, comme ça : https://tiny.cc/06gkny~
  • Avec bit.do vous pouvez ajouter un – à la fin, comme ça : http://bit.do/dSytb- (les statistiques peuvent être privées)
  • adf.ly propose de gagner de l’argent en affichant des annonces lors de la redirection vers le lien. Ils utilisent beaucoup d’autres sous-domaines comme j.gs ou q.gs et ne montrent pas les statistiques publiques.
  • tickurl.com : Accédez aux statistiques avec + comme ça : https://tickurl.com/i9zkh+

Certains raccourcisseurs d’url utilisent des ID qui s’incrémentent, dans ce cas il est possible de les énumérer afin de trouver des urls similaires créées à peu près au même moment. Consultez ce bon rapport pour voir un exemple de cette idée.

Renseignements d’entreprise

Plusieurs bases de données sont disponibles pour rechercher des informations sur une entreprise. Les principales sont la base de données Open Corporates et la base de données OCCRP sur les leaks et les documents publics. Pour le reste, vous devrez vous appuyer sur des bases de données par pays, en France societe.com est un bon site, aux Etats-Unis vous devriez consulter EDGAR et au Royaume-Uni, Company House (plus d’informations à ce sujet ici).

Ressources

Voici quelques ressources intéressantes pour en savoir plus sur l’OSINT :

C’est tout, merci d’avoir pris le temps de lire ce billet. N’hésitez pas à m’aider à compléter cette liste en me contactant sur Twitter.

Ce billet de blog a été écrit principalement en écoutant du Nils Frahm.

Mise à jour 1 : Ajouté Yandex Images, remove Background et Photo Forensic. Merci à Jean-Marc Manach et fo0 pour leurs conseils. 

L’évacuation de la ZAD

Le gouvernement a lancé le 9 avril dernier à 6h00 du matin l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes : images et commentaires.

Contre la participation des éditions Ring à la foire du livre

Le texte qui suit reprend en partie une lettre envoyée à Grégory Laurent, commissaire général de la foire du livre de Bruxelles, à laquelle il n’a pas répondu pour le moment.

Du 14 au 17 février 2019, pour la troisième année consécutive, les éditions Ring seront présentes à la foire du livre de Bruxelles. Nous nous opposons à la participation, jamais remise en question, d’une maison dont les auteurs principaux sont des acteurs phares de l’extrême-droite culturelle et qui s’est déjà rendue responsable de nombreuses campagnes de harcèlement.

Lors d’une discussion qui s’est déroulée en avril 2018 au sujet de la présence des éditions Ring et de leur auteur Marsault à la Foire du Livre de Bruxelles, Grégory Laurent affirmait que leur participation relevait d’une erreur. L’organisation se serait aperçue tardivement de leur inscription et de la nature de cette maison, et il était alors trop tard pour les refuser. Pourtant, Ring disposera à nouveau d’un stand lors de la foire du livre 2019, avec Zineb El Rhazoui, Laurent Obertone, Armelle Carbonel, Mattias Köping et Papacito. Contacté au début du mois de février, le commissaire général de la Foire du Livre affirme ne pas être en mesure de refuser la location d’un stand lors de son événement. Visiblement pieds et poings liés, ni l’organisation de la Foire, ni les institutions comme la Communauté Française (qui nous encourage quand même, à demi-mot, à réagir publiquement), ne s’estiment capables de priver l’éditeur de la fantastique vitrine qu’ils lui offrent.

Ring (à propos de laquelle Libération proposait ici un portait) publie de la littérature noire et de genre, mais ses best-sellers sont des livres qui développent des argumentaires ultra-réactionnaires, écrits par des auteurs coqueluches de la fachosphère. Ils ont, d’une part, un grand succès et de solides moyens financiers, une bonne exposition sur internet qui leur permet, via une communication sensationnaliste, de propager des idées misogynes, racistes, fascistes, et, en outre, la capacité de déchaîner leur communauté sur quiconque les critique (en l’occurrence souvent sur des femmes) sous forme de campagnes de cyber-harcèlement.

Puisqu’il semble évident que l’organisation de la Foire du Livre connaît les éditions Ring et que leur participation a été sujette à débat, nous serions très curieux de connaître la véritable teneur des arguments avancés au cours de ces discussions. Nous nous demandons sincèrement pourquoi un tel événement devrait se charger de la promotion d’un éditeur d’extrême-droite. Peut-on se permettre de faire passer Ring pour une maison d’édition comme les autres ? Et les idées portées, avec une grande visibilité (par la voie du livre mais aussi sur youtube), par leurs auteur.ice.s, pour des idées anodines ?

On trouve facilement sur internet une longue littérature critique très factuelle sur les éditions Ring (on peut notamment consulter ici le dossier de presse du site Lignes de Crêtes). Même si ce n’est pas exhaustif, nous vous proposons de résumer dans les paragraphes suivants pourquoi nous sommes en droit de considérer les éditions Ring comme une maison inquiétante.

Harcèlement

Ring peut compter sur une communauté de fans d’une véhémence inouïe lorsqu’il s’agit d’écraser les critiques, à tel point que prendre position face à eux revient à s’exposer au risque de recevoir quantités de messages d’insultes et de menaces.

Ce 18 janvier, le dessinateur Marsault a été condamné à une amende de 5000 euros (et 5000 autres en sursis) ainsi qu’à 2000 euros d’indemnisation pour avoir appelé au harcèlement en ligne de Megane Kamel, militante féministe et antifasciste, en 2016. Le 2 février, suite à une longue diatribe publiée par l’auteur sur facebook, reprise par ses comparses Laurent Obertone et Papacito, la militante recevait à nouveau de nombreux messages d’insulte, de menace et d’incitation au suicide3.

Cette affaire n’est pas isolée puisqu’en septembre 2018, notamment, après l’annulation d’une de ses expositions dans la galerie parisienne Art-Maniak, Marsault avait déchaîné sa fanbase sur la dessinatrice Tanxxx.

Laurent Obertone s’est également illustré dans des affaires de harcèlement, comme l’explique le site Lignes de Crêtes :

« Laurent Obertone a fait de même en ciblant notamment une de nos contributrices Nadia Meziane, et notre site, mais aussi un auteur et une autrice qui s’étaient exprimés contre sa venue au théâtre de l’Atelier. Ring a immédiatement relayé son offensive, et visé d’autres de nos contributeurs […] A chacune de leurs diatribes, les personnes visées sont insultées et menacées sur leurs pages, mais également par messages privés, certaines d’entre elles voient leur adresse personnelle diffusée largement. Les appels au signalement massif entraînent la fermeture de leurs profils et de pages professionnelles sur les réseaux sociaux.

Ces méthodes ne sont ni anecdotiques, ni isolées. La rumeur diffamatoire, le harcèlement en ligne, la chasse en meute sont des méthodes très ordinaires pour l’extrême-droite française, et ciblent aussi bien des anonymes que des personnalités publiques. Ces dernières années, certaines d’entre elles ont quitté les réseaux sociaux ou/et ont dû porter plainte devant une violence qui s’exprimait aussi dans le réel. Et Ring s’inscrit dans le cadre de cette offensive permise aussi par la complaisance de Facebook et de Twitter pour les propos discriminatoires, antisémites, racistes, sexistes, homophobes »4.

Lorsque Ring relaie ces différentes campagnes, et surtout, lorsque l’éditeur menace directement ses détracteurs de « réponses virales », il se rend responsable des mêmes délits que ses auteurs.


À propos de deux auteurs invités : Laurent Obertone et Papacito

Il semble que, plus que la présence des éditions Ring elles-mêmes, la venue de certains de leurs auteurs embarrasse l’organisation de la Foire et les institutions. Nous incriminons directement la responsabilité de Ring, et nous n’estimons pas sa participation acceptable, même dans le cas où elle ne présenterait qu’une sélection de ses ouvrages moins polémiques. Nous estimons nombre de leurs auteurs comme problématiques, mais nous ne nous pencherons ici, par souci de brièveté, que sur deux d’entre eux.

Abondamment cité en exemple au sein de la fachosphère et par des militant.e.s d’extrême-droite, Obertone s’est rendu responsable chez Ring d’une série d’« essais » destinés à démontrer, au moyen de manipulations de faits divers et de statistiques, l’influence néfaste de l’immigration en France, et d’un roman d’anticipation, Guérilla, décrivant une guerre civile entre « Français de souches » et immigrés dans une France presque contemporaine. Son dernier livre paru, La France interdite, semble être un modèle d’intox5, et son succès dans un contexte ou la notion de « Grand remplacement » devient une hypothèse défendable au sein du débat public, ne cesse d’effrayer. 

Quant à Papacito, il n’y a pas besoin de consulter très longtemps une de ses nombreuses vidéos  postées sur youtube pour constater la violence de leur contenu viriliste et raciste. Il sera présent à la foire pour mettre en avant sa nouvelle bande-dessinée, en collaboration avec Marsault, dont les deux premières pages visibles sur facebook démontrent déjà un contenu amplement misogyne et lesbophobe.

On se souvient également de sa tentative de création (avec le youtuber Raptor dissident), au moment où des milices identitaires allaient débloquer brutalement des universités françaises, d’un réseau social en ligne où les personnes inscrites obtenaient des points et des grades en fonction des actions effectuées dans la vie réelle : « Raptor & Papacito lancent l’idée de “Monte une équipe” durant le printemps 2018. Le but étant de créer des groupes de patriotes dans diverses régions de France, comme Suavelos Oppidum mais avec le communautarisme blanc en moins »6. L’initiative a finalement tourné court suite à la réaction de militant.e.s, mais de nombreux groupes de « patriotes » se sont constitués spontanément.

Tout se vaut ?

Pour certains, toute critique opposée à un acteur du champ culturel serait à bannir car elle constituerait une atteinte à la liberté d’expression. Nous considérons que tous les livres, tous les auteurs ne sont pas défendables, notamment s’ils mentent, notamment si leurs idéaux sont fascisants. Dénoncer leur dangerosité ne revient pas à les censurer :

  1. Parce que nous ne sommes pas l’État, nous ne censurons pas. Ring peut continuer à éditer et vendre ses livres.
  2. Parce que refuser de faire la promotion d’un éditeur ne revient pas à le censurer. La Foire du Livre est un événement de grande ampleur, gratuit, tout public, volontiers familial et « résolument généraliste ». Elle n’a pas à organiser et à favoriser la communication d’une entreprise dont la propagation d’idées violentes est le fonds de commerce. Elle est financée au moyen de subventions institutionnelles qui ne devraient pas être affectées au soutien de structures délétères. En outre, peu de visibilité est offerte aux petites structures et de nombreuses maisons d’éditions indépendantes ne sont pas non plus présentes à la foire du livre, parce qu’elles n’en ont pas les moyens : personne ne criera à la censure en ce qui les concerne.
  3. Parce qu’on ne peut pas censurer une voix qui s’exprime déjà partout. Nous ne considérons pas le discours porté par Ring et ses auteurs comme marginal. La circulation des idées racistes, masculinistes et nationalistes dans les médias, sur internet, sur youtube (youtube et facebook sont le terrain de jeu privilégié des éditions Ring) et au sein du champ intellectuel est manifeste. La montée générale de l’islamophobie, les politiques migratoires meurtrières, les victoires en Europe et ailleurs de personnalités fascistes comme le développement décomplexé des mouvements d’extrême-droite nous empêchent de considérer la révolution conservatrice qui s’est emparée du débat public comme un phénomène négligeable.

Pour ceux qui craignent un effet Streisand, il faut répéter que Ring est une maison à succès. Elle a, notamment sur internet, pignon sur rue. Si nous risquons peut-être, en attirant l’attention sur eux, de leur faire de la publicité, nous sommes en revanche convaincus que ne pas s’opposer à eux reviendrait à accepter leurs idées comme supportables.


En conclusion

Nous nous opposons catégoriquement à la participation des éditions Ring à la Foire du Livre de Bruxelles et vous encourageons à partager un maximum ce texte afin que de moins en moins de personnes puissent ignorer la nature de leurs activités. Ring et ses auteurs ne doivent pas se sentir tout puissants et tout permis, le dégoût que nous inspirent leurs idées doit tacher leur image.

                                Un collectif franco-belge d’acteurs culturels

Sources :

° https://foireduring.tumblr.com/?fbclid=IwAR1GiLNgnwglAcU5X90ouWQ_4xHh6v1gEgXVDeixa-SJ0yrkymhFbWuIEks

° https://oeilsurlefront.liberation.fr/actualites/2017/01/15/ring-des-editions-qui-sentent-le-soufre_1541637

° https://www.lignes-de-cretes.org/marsault-obertone-ring-et-ses-auteurs-le-coup-de-poing-dextreme-droite-permanent/

° https://www.lignes-de-cretes.org/marsault-dessinateur-dextreme-droite-condamne-pour-harcelement/

° https://www.lignes-de-cretes.org/marsault-obertone-ring-et-ses-auteurs-le-coup-de-poing-dextreme-droite-permanent/

° https://bourgoinblog.wordpress.com/2018/10/15/la-france-interdite-de-laurent-obertone-tromperies-sur-limmigration-et-embrouille-ideologique/

 °  http://logosoral.over-blog.com/2018/10/demonte-une-equipe.htm

La Récup’ : guide pratique

La récup’ alimentaire. C’est une jolie expression pour expliquer qu’on fouille dans les poubelles à la recherche de denrées alimentaires jetées par les magasins.

Quand on connait des personnes qui « font de la recup' », on a tendance à se dire que nous aussi on devrait s’y mettre. C’est vrai quoi y’a que des bonnes raisons : 1/3 des produits alimentaires sont jetés car invendus, on consacre entre 20 et 40% de notre budget à l’alimentation et, bon jeter de la nourriture c’est quand même un truc aberrant quand on arrive pas tous à se nourrir correctement.

Bref que ce soit pour des raisons éthiques, environnementales, économiques ou culturelles, on est tou·te·s légitimes à faire de la récup’. Mais pour le faire, il faut savoir comment.

Parce que se lancer tout·e seul·e dans le grand bain (ou dans la grande benne) c’est pas évident quand on flippe de se faire prendre, de choper des maladies ou tout simplement de ne rien trouver.

C’est pour ça que chez Eunomia, on a décidé de vous proposer un petit guide pratique à imprimer en recto-verso. Est-ce que c’est légal ? Comment y aller ? Qu’emporter avec soi ? Quelles sont les étapes d’une bonne récup’ ? Vous aurez la réponses à toutes ces questions juste ici : 

Recto
verso

Et pour télécharger le guide complet c’est ici

Voilà voilà on vous laisse partir à la découverte de cette activité super géniale ! bonne récup’ !

Uber : La course ou la vie


Article proposé par CH sur la page Si tu veux mon avis

Si tu veux mon avis, la mort d’un livreur Uber Eats le 17 janvier dernier à Pessac, en banlieue de Bordeaux, c’est tout sauf un accident.

Quand Deliveroo, Uber Eats et Foodora se sont lancés, c’était l’eldorado pour les livreurs. Les courses étaient plutôt courtes et très bien payées. Les livreurs arrivaient à dégager un revenu conséquent. Bien-sûr, si le job de livreur était aussi bien payé,c’était uniquement pour attirer de nombreux coursiers. Au fil des mois et des années, la rémunération des livreurs n’a fait que baisser. Les distances de livraison, elles, se sont allongées.

Désormais, certains clients sont dans des zones périphériques,parfois des zones industrielles où il est très dangereux de rouler à vélo sur des routes sans piste cyclable, au milieu des camions,des zones mal éclairées où il y a des travaux et des engins de chantier partout, bref, des zones qui ne sont absolument pas adaptées à la circulation de vélos. La baisse des tarifs pousse les livreurs à aller toujours plus vite si ils veulent maintenir un niveau  correct.

Deliveroo et Uber ont également mis en place un système de prime qui lui aussi pousse les livreurs à aller toujours plus vite. Ce système est le suivant : sur une plage horaire donnée, par exemple le dimanche soir de 19h à 23h, un livreur recevra une prime de 20€ si il effectue 8 livraisons, une prime de 35€ si il effectue 12 livraisons et une prime de 50€ si il effectue 15 livraisons. Pour les livreurs, le dilemme est simple,soit ils ne roulent pas trop vite et font en sorte de ne pas avoir d’accident, et dans ce cas ils n’ont pas de prime et touchent une rémunération très faible qui ne permet pas de vivre correctement,soit ils roulent très vite et se mettent en danger dans l’espoir d’obtenir une prime afin de pouvoir vivre dignement.

Il y a trois ans, en travaillant 20 heures par semaine, un livreur pouvait dégager un revenu correct. Aujourd’hui, pour dégager le même revenu, il doit travailler entre 30 et 40 heures. 40 heures de vélo par semaine, dans le froid et sous la pluie en hiver, sous une chaleur insoutenable en été. Moins de temps de repos, la nécessité d’aller toujours plus vite. La fatigue s’accumule, les clients sont toujours plus loin, il y a trois ans, c’était très rare de dépasser les 2km entre le restaurant et le client, aujourd’hui ce sont les commandes en dessous de 3km qui sont devenues rares. Alors oui, les commandes longues sont un peu mieux payées que les courtes, mais clairement, les livreurs sont perdants au change. Une fois qu’on est en périphérie, il faut revenir dans le centre, et voilà encore 2km d’avalés et avec eux encore plus de fatigue physique et psychologique.

 Uber Eats a envoyé un mail à tous ses livreurs suite au décès de Franck. Dans ce mail, ils déplorent un tragique accident. Il ne s’agit pas d’un accident. Si ces entreprises, pour leur profit, ne poussaient pas les livreurs à rouler toujours plus pour  moins, si ces entreprises, pour leur profit, n’obligeaient pas les livreurs à rouler dans des zones dangereuses et absolument pas adaptées aux vélos, Franck serait toujours en vie. Si les bourses étudiantes permettaient de vivre dignement, si le prix de la vie ne faisait pas qu’augmenter encore et encore, si il était possible de se loger pour moins de 500€ par mois, Franck serait toujours en vie. Si l’État avait régulé les plateformes de livraison de repas en leur interdisant par exemple de faire livrer dans des zones trop excentrées, Franck serait toujours en vie.

Uber, Deliveroo, assassins !

Le Zbeul : Enclave insurrectionnelle contre Révolution nationale

On avait dit dans notre dernier article consacré aux Gilets Jaunes qu’on avait pas finit de s’écharper. Bah effectivement on a pas finit. Après 4 semaines de manifestations, de blocages, d’occupations, d’assemblées générales, d’analyses en tout genre, on est bien obligé d’affiner notre point de vue :

Gilets Jaunes et Néo-poujadisme

Désolé à tout·e·s celles et ceux qui sont encore dans le déni complet mais les Gilets Jaunes, en bon mouvement protéiforme, abritent au pire l’extrême droite et au mieux le confusionnisme nationaliste. Et c’est bien normal, on est dans un pays raciste, homophobe,  viriliste. Un mouvement national, peu formé politiquement, et rassemblé sur la base d’une agrégation des colères a toute les chances de ressembler à l’idéologie qui a formé nos consciences (ou nos absences de consciences) politiques.

C’est cette classe moyenne inférieure, faite de beaucoup d’ouvrier·ère·s et de salarié·e·s, ruraux et peri-urbains blanc·he·s, qui cristallise la confusion politique. Ce qui d’ailleurs agace profondément celles et ceux qui voudraient voir dans ce mouvement le prolétariat émancipé qui, une fois le capitalisme tombé, délaissera par magie son racisme, son nationalisme, son virilisme etc.

Les FAF sont en gilets jaunes

Ce n’est pas parce qu’un mouvement se dit majoritairement apolitique qu’il l’est. ça veut juste dire qu’il ne sait pas décrire avec précision dans quel idéologie il s’inscrit. Et comme on l’a vu, c’est un mouvement très hétérogène qui s’est construit sur de la colère. La colère étant un excellent carburant pour se muer en détermination politique, le mouvement a depuis quelques semaines, peu à peu évolué.

Bien loin de mourir comme nous l’espérions à ses débuts, on a pu constater :

  • une détermination croissante ;
  • un rejet plutôt fort de toutes les tentatives de récupérations politiciennes, à de rares exceptions localement ;
  • des revendications enfin sorties du carcan fiscal initial, encore en train de s’étendre, assez disparates d’un endroit à l’autre, et souvent jusqu’au rejet total du système politique et non plus seulement de Macron ;
  • des modalités d’actions qui s’émancipent enfin des lieux sans intérêt que sont les ronds-points, excepté pour communiquer sommairement avec beaucoup de passants ;
  • un refus de plus en plus massif de toute « représentation politique », quelle qu’elle soit, refus encore très vague dans ses conséquences, sans référence historique ou idéologique, mais laissant poindre un désir encore naissant et manifestement hésitant à franchir le rubicon de la démocratie directe.

Et nous voilà, d’une certaine manière obligé·e·s de participer d’une façon ou d’une autre à ce mouvement qui même si il est encore très faiblard et trop perméable au poujadisme en terme de massification (on rappellera que « 250 000 manifestants dans toute la France, c’est considéré comme une défaite lors d’une mobilisation syndicale, et encore ici ils ne font même pas grève. »), a le mérite d’exister socialement tant et si bien qu’il s’accapare un partie non-négligeable de l’imaginaire collectif et symbolique dans la lutte sociale.

Construire la convergence

En effet, s’est engagée depuis le début de ce mouvement une lutte interne entre une frange militante essayant, tant sur internet que sur les barricades, de faire valoir une ligne identitaire et anti-migrant (jouant notamment sur de l’intox ou une actualité fleurant bon pour eux le grand remplacement et lançant des slogans patriotes ou entonnant la Marseillaise), et une tendance beaucoup plus à gauche qui tente de replacer les revendications du dit mouvement dans une critique du capitalisme libéral ainsi que dans un logique inclusive des minorités opprimées.

Cette dernière gagne de plus en plus de terrain tant l’extrême droite peine à proposer des solutions concrètes à la répression policière, des alternatives cohérente au capitalisme et des modes d’organisation efficaces dans la lutte ; ce qu’au contraire, l’extrême gauche est tout à fait en mesure d’apporter aux Gilets Jaunes. A cela on peut ajouter que le rapport de force dans la rue reste nettement en faveur de l’anti-fascisme qui cible les militant·e·s fascistes pour leur faire fuir les manifs.

La confrontation illustre la possibilité insurrectionnelle

Mais bien naif·ve sera celui ou celle qui nous expliquera que le mouvement est désormais progressiste sous prétexte qu’il aurait été rejoint par le comité pour Adama ou des auteurs militants LBGT+. Car ce mouvement à qui tout le monde tente d’apporter la bonne parole a pourtant réussi à exprimer quelque chose de fondamental : il refuse globalement l’idée de représentation. Il refuse que quelqu’un·e parle en son nom que ce soit pour négocier une trêve ou porter des revendications. Et en cela il est finalement profondément anti-réformiste. Osons même : profondément révolutionnaire (En bien ou en mal).

Le Collectif « Justice pour Adama » avec les Gilets Jaunes

De la même manière, penser que c’est le prolétariat (et uniquement lui) qui est en fait dans la rue, catégorisant toute critique du mouvement dans le camp du mépris de classe (pseudo-argument fort bien contré par les camarades de Paris Lutte Info). Un mouvement protéiforme produit forcément des discours, des méthodes de lutte et des revendications contradictoires. Ne pas le reconnaitre, ne pas l’accepter c’est déjà un peu faire de la récupération et tomber dans le piège de la confusion. Ce même mouvement qui semble par ailleurs réclamer moins de l’argent que de la dignité.

Et la gauche anti-capitaliste dans tout ça ? Il est désormais évident que, vu l’exposition médiatique, la répression féroce, la flippe et le mépris qu’il inspire aux bourgeois, il serait mal avisé d’ignorer plus longtemps le mouvement Gilet Jaune. D’autant que si on parle de « mouvement » depuis le début de cet article c’est bien qu’on est dans une dynamique, que les choses bougent, que les lignes sont mouvantes. Ces gens ne discutent pas, ne veulent pas s’asseoir autour d’une table. Ils se soulèvent.

Barricades en flamme à St-Cyprien par le CAME (collectif Auto-Media Étudiant)

Et le soulèvement c’est ce que nous voulons non ? De l’auto-détermination politique, de la colère muée en volonté de porter plus loin le désordre. Apparemment ce n’est pas le cas de tout le monde dans l’extrême gauche. Certains préférant encore défiler en tête de cortège sous les drapeaux syndicaux ou partisans. Peu ému de la répression féroce qui s’abat sur ceux qui ne se contentent plus d’une marche tiède d’un point A à un point B encadrée par la préfecture.

Ce qui se joue ici c’est aussi deux visions du renversement qui s’affrontent. Une certaine gauche nous parle de révolution nationale, massifiée, quasi-spontanée dans laquelle il faut s’engouffrer pour en tirer le meilleur parti. Ne le cachons pas, cette gauche est autoritaire. Elle n’a pas besoin d’être en adéquation politique avec celles et ceux qui partage le soulèvement : elle les purgera plus tard.

Une autre gauche, anti-autoritaire elle, a besoin de construire patiemment, par l’éducation collective et l’auto-gestion à l’échelle locale des bases politiques solides, et par l’action directe, créer l’insurrection, voir la commune. Cette gauche c’est celle qui a le plus hésité à rejoindre le mouvement Gilet Jaune. On pense que c’est tout à son honneur.

Tag retrouvé dans les rues de Toulouse par le CAME (collectif Auto-Media Étudiant)

La Police en PLS

Pourtant ce qui fait la force du mouvement Gilet Jaune c’est qu’il déconcerte tout le monde, aussi bien le militant aguerri que les forces de police. Elles gazent à tout va pour diviser le cortège ? Qu’à cela ne tienne, il y aura 2, 3, 4 cortèges, avec chacun ses barricades enflammées (ce qui s’est passé à Toulouse samedi dernier). Elles confisquent le matériel de protection pour dissuader d’aller en manif ? D’accord mais il y aura des équipes de street medic plus déter’ que jamais et des témoignages de solidarité poignants.

La Police a tué, elle a mutilé, elle a humilié… elle a tenté de maintenir l’ordre mais ne fait que pousser à la radicalisation, montrant l’étendu de sa violence et par la même l’étendu de son incapacité à rejoindre le mouvement faisant peu à peu taire les slogans « la police avec nous » qui laissent bientôt place à « tout le monde déteste la police ».

La vraie place de la police

La contre-attaque s’organise donc, les plans de répression fuitent sur internet, ainsi que leurs adresses personnelles. Et tandis que, poussée par des techniques repressives toujours plus militarisées, les gilets jaunes se forment peu à peu aux stratégies anti-repression fournies par l’extrême gauche. Bref, la police se militarise, on s’organise. Peu habituée à cette logique de zbeul généralisé, la police piétine et c’est tant mieux. 

Qu’est-ce qu’on fait alors ?

Y’a un lien très clair entre le fait que le mouvement Gilet Jaune s’est fondé sur des thématiques poujadistes et le fait qu’il ne se mobilise pas ou peu contre les violences policières  (on rappel qu’une femme a été abattue  par la police depuis sa fenêtre), qu’il n’arrive pas encore à se déclarer solidaire des actions directes de sabotage ou qu’il laisse la part belle au complotisme (notamment à propos de l’attentat de Strasbourg).

Loin de croire que ce néo poujadisme disparaitra comme par magie au contact des militant·e·s de gauche, de penser que d’un seul coup, les émeutier·ère·s vont s’émanciper des figures d’Épinal qui les ont construit tout au long de leur éducation (la révolution française, le peuple souverain, la valeur du travail, la défense du territoire etc.) le contexte nous a malgrés tout forcé à les rejoindre sur les barricades.

Barricade en flamme à Paris

Parce que c’est ce contexte qui a permis le blocage des lycées, la mobilisation des routier·ère·s ou des ambulancier·ère·s et plus généralement la mobilisation qui se diffuse dans les AG de Fac, les bourses du travail (ou certain·e·s n’avaient jamais mis les pieds) ou tout simplement sur internet. C’est enfin ce même contexte, dans toute sa violence anti-police (la violence des « casseurs ») qui fait peu à peu reculer le gouvernement qui, certes, n’accorde pour l’instant que des miettes de victoire, mais qui pour son plus grand malheur, et pour notre plus grand bonheur, ne s’adresse pas à des interlocuteurs raisonnables.

Alors oui ce choix qu’il était très dangereux de faire au lendemain du 17 Novembre est devenu nécessaire, voir salutaire pour un·e militant·e antifasciste (qui traquera les faf dans les manif), anticapitaliste (qui contrera le citoyennisme dans les AG), anti-raciste et anti-sexiste (qui construira l’inclusion par des rassemblements non-mixte).
Car pour l’instant, l’analyse de la France périphérique blanche qui se soulève contre l’oligarchie mondialiste fait office de boulevard électoral pour Le Pen.  A nous de changer ça.

Toulouse, la ville rose par le CAME (collectif Auto-Media Étudiant)

Sources :

1° : Article Eunomia « Que retenir du mouvement « gilets jaunes » » 

2° : Vidéo Konbini « Ces gilets jaunes qui ont dénoncé des migrants » 

3° : Article Lundi Matin « Gilets jaunes : la classe moyenne peut-elle être révolutionnaire ? »

4° : Article Slate : « Ce que révèlent les sondages sur l’identité des «gilets jaunes»« 

5° : Publication Facebook de Yannis Youlountas « COURS, GILET JAUNE, LE VIEUX MONDE EST DERRIÈRE TOI !« 

6° : Article Agitation Autonome « Des gilets jaunes à ceux qui voient rouge« 

7° : Publication Facebook d’Eunomia « Vous voulez une illustration de ce qu’est le confusionnisme de l’extrême droite ?« 

8° : Article Le Point « Marrakech : le pacte de l’ONU sur les migrations formellement approuvé« 

9° : Page Facebook « La Classe en Gilet Jaune« 

10° : Vidéo Street Politics « Des antifascistes sortent un groupe d’extrême-droite de l’acte IV des Gilets Jaunes à Paris« 

11° : Article Humanité « Le Comité Adama enfile son gilet jaune« 

12° : Thread twitter d’Edouard Louis « Chaque personne qui insultait un gilet jaune insultait mon père« 

13° : Article de Samuel Hayat « Les Gilets Jaunes, l’économie morale et le pouvoir« 

14° : Article Paris Lutte Info « Gilets jaunes : derrière l’accusation de « mépris de classe », la condescendance de classe« 

15° : Article de Frédérique Lordon « Fin de monde ?« 

16° : Article Carbure « 1er décembre 2018 : porter plus loin le désordre« 

17° : Publication facebook d’un street médic « GILETS JAUNES ACTE IV : RECIT D’UN STREET-MEDIC A TOULOUSE« 

18° : Publication facebook Eunomia « LA DAME DE 80 ANS TUÉE PAR LA POLICE, PENDANT LA MANIF DE SAMEDI À MARSEILLE, AURAIT BIEN ÉTÉ VISÉE INTENTIONNELLEMENT !« 

19° : Article libération « Un homme a-t-il eu la main arrachée à Bordeaux, lors de la manif des gilets jaunes ?« 

20° : Publication facebook Eunomia « Le rêve de la flicaille pour la jeunesse« 

21° : Note interne de la prefecture sur le dispositif policier du 8 décembre

22° : Article Sud-Ouest « Le syndicat Alliance Police victime d’une cyberattaque, les données personnelles de 500 policiers dérobées« 

23° : Article Eunomia « Petit guide de l’insurrection en milieu urbain« 

24° : Article France Culture « Fusillade à Strasbourg : complotisme et défiance détruisent notre capacité à faire société« 

25° : Article Rebellyon « Le choix dangereux du confusionnisme. Soutenir les « gilets jaunes » c’est soutenir un mouvement de droite« 

26° : Vidéo Youtube Mediapart « Usul. «France périphérique», autopsie d’une expression à la mode« 

27° : Article Agitation Autonome « Les émeutes des ronds-points« 

Petit guide de l’insurrection en milieu urbain

crédit photo : Adèle Löffler

Petit guide pratique à destination des manifestant·e·s qui convergeront samedi : Étudiant·e·s, lycéen·ne·s, gilets jaunes, travailleur·se·s, syndicats, quartiers populaires, écolo, fonctionnaires, anarchistes, communistes etc.

Connaître ses droits

Il est impératif, face à la police de bien connaître ses droits et donc les limites légales de leur pouvoir de répression.

Que faire quand on est contrôlé·e, arrêté·e, accusé·e, jugé·e en comparution immédiate ou fiché·e ? Toutes les réponses sont dans cette brochure du syndicat de la magistrature : « guide du manifestant arrêté » ainsi que dans cette brochure « Face à la Police – Face à la justice » du collectif CADECOL :

Savoir filmer la Police

N’oubliez pas que le meilleur moyen de se défendre légalement contre la police c’est de la filmer, et on a le droit. Connaitre bien les limites de ce droit c’est pouvoir refuser des abus. De la même manière bien savoir filmer c’est aussi protéger nos camarades de manifestation

Un petit rappel de ce à quoi sont astreints les policier en terme de droit à l’image se trouve dans le brochure « filmer la police » et petit guide de pratique vidéo en manif dans la brochure « Les usages des caméras en manifestation »

Protéger ses camarades et se protéger soi-même

Mais en premier lieu, si vous ne devez en lire qu’une seule, ça serait cette brochure :

Dans ce « Kit D’autodéfense juridique et médicale » vous saurez tout sur le déroulement d’une garde à vue, des médicaments à prendre avec soi contre l’arsenal de la police ou des différents corps constitués que vous rencontrez dans la rue.

Bonne manifestation, soyez solidaires les un·e·s des autres et ne lâchez rien !

Pourquoi les startupeurs ne cessent-ils pas d’exister ?

Il n’y a pas d’alternative à l’esprit start-up

Il y a 2 ans, quand Take Eat Easy a fait faillite, ce sont 400 000 euros qui n’ont pas été payés aux cyclistes. Aujourd’hui, ses co-fondateurs Adrien Roose et Karim Slaoui lèvent 10 millions pour un nouveau concept de start-up écrit sur un coin de table (lire « La mémoire courte des golden-cowboys »).

Il y a 2 mois, Julien Foussard, golden boy en vogue encensé à VivaTech (le grand salon français “consacré à l’innovation technologique et aux start-up”) pour sa startup disruptive (Oyst, permettant d’acheter en un clic), était inquiété par la justice pour avoir extorqué environ 100 millions d’euros à des particuliers français avec une arnaque aux faux sites administratifs, un “service”, pourtant gratuit via le site officiel, qui finissait par vous coûter 15 euros par mois.


Pour pas mal de monde, le délire collectif autour de cette Start-up Nation™ et ses success stories est incompréhensible et totalement détaché du réel, des vrais chantiers à entreprendre en société.

Chaque société a besoin d’un rêve collectif, et nous n’avons pas réussi à imaginer un futur “émancipateur” (par exemple des liens sociaux plus riches, grâce à une économie et un urbanisme alternatifs, une solidarité réduisant la souffrance…).

Mais nos liens sociaux sont détruits. Le bonheur ne peut être désormais qu’individuel, jamais collectif et tissé d’amitiés fortes, d’amours, de famille(s) (au sens large de ce que pourrait être une “famille”), voire même (!) de sentiment d’appartenance à une communauté, car immédiatement “communautariste”.

Du coup nous sommes bloqué·es avec ce qu’il reste : un imaginaire “par défaut”, où on ne bouillonne pas de rage face aux injustices que l’on observe et que l’on ressent. Ainsi, il nous raconte que le monde est peut-être un endroit injuste, cruel et froid, qui ne fera certainement qu’empirer jusqu’à son effondrement, mais où au moins, peut-être, un jour, “au moins nous”, “au moins moi et mes proches”, on réussira à triompher, des autres, de ses voisin·es, de ses difficultés personnelles : la preuve, d’autres auraient pourtant réussi “à partir de rien” à “monter un business” et enfin vivre la belle vie.
Enfin ne plus avoir à se soucier de sa misère et de celle des autres. “Et si je n’y arrive pas, je n’ai qu’à m’en prendre à ma stupidité ou mon manque de débrouillardise.”

Deuxième à gauche, Julien Foussard à VivaTech donc (Bernard Arnault à sa droite)

Culpabiliser sans distinction toutes les personnes pensant ainsi serait un peu à côté de la plaque : c’est un lieu commun de dire que les gens qui vivent plutôt bien la situation socio-économique actuelle ont un intérêt intrinsèque, si ce n’est à répandre activement, au moins à laisser se répandre cette pensée individualiste.
A cela s’ajoute le mécanisme de dissonance cognitive : il est tellement coûteux émotionnellement de s’avouer à soi-même (et d’en tirer les conséquences dans sa vie personnelle) que la réussite individuelle de tou-tes est une supercherie, et que ce “rêve” permet à une violence terrible de perdurer. Paradoxalement, il est peut-être plus “naturel”, en tout cas compréhensible, de se morfondre tout·e seul·e sur ses propres échecs “individuels”, quand leur cause n’est pas si individuelle que ça.

Quand on parle de créer un nouvel imaginaire émancipateur, il faut donc prendre la tâche au sérieux, ce qui signifie aussi ne pas fabriquer cet imaginaire à seule destination des milieux où les gens ont déjà réveillé leur soif de nouveaux imaginaires. Si quelqu’un aujourd’hui passif (et déprimé) face à ce grand récit de la start-up salvatrice se voyait suggérer un autre imaginaire collectif, appropriable et investissable construit avec des références culturelles et des mots qui lui parlent, pas sûr que cette personne resterait à se morfondre avec l’autre imaginaire, qui de toute façon ne lui a jamais été favorable.

Que retenir du mouvement « gilets jaunes »

On est dimanche 18 novembre et depuis plusieurs semaines déjà, les milieux militants s’écharpent autour de la question des gilets jaunes et de leur manifestation nationale du 17 novembre : « j’y vais ou j’y vais pas ? », « j’soutiens ou j’soutiens pas ? ». Bah aujourd’hui on est dimanche et c’est un peu trop tard pour se décider. La manifestation c’était hier et apparemment, on a pas fini de s’écharper.

Je sais pas vous mais moi, je suis pas hyper étonné de ce qui se passe. On est depuis un bout de temps dans un climat délétère politiquement. Perso je l’ai compris en famille.  En effet, tout les ans, je vais visiter ma famille qui vit dans le sud-est de la France. Un petit village pas loin d’Aix-En-Provence où mon arrière grand père est arrivé avec sa famille d’Italie pour fuir le fascisme. C’est dans les cartons de vieilles affaires que j’ai retrouvé il y a peu, ses cartes du PCF et de la CGT datées de 1945 dûment timbrées ainsi que des lettres écrites en italien faisant état d’un réseau de résistance.

C’est un côté de la famille que j’aime beaucoup parce qu’il me connecte à une autre réalité que celle que je vis. Loin de la banlieue toulousaine, des milieux militants précaires et du travail social quotidien.  Mais depuis des années on ne se comprend pas politiquement. Mon oncle et ma tante travaillent toute l’année, ils font de nombreux kilomètres chaque semaine pour ce travail. Quand je vais les voir, au dîner, le ton monte toujours un peu.

Je me retrouve à chaque fois piégé dans des conversations où je dois les écouter se plaindre de la théorie du genre, du mariage pour tous, de l’islam en France, de la corruption des élites, de la baisse de leur pouvoir d’achat et de la hausse de leurs taxes.  Je suis donc condamné à contre-argumenter indéfiniment pour replacer les questions économiques dans une rhétorique de lutte contre le capitalisme, les questions de corruption dans la lutte contre L’État et ses institutions hiérarchiques, et parfois même les affronter violemment sur les questions féministes, LGBT+ ou décoloniales.

Non, c’est sûr, on lit pas la même presse

Pourtant ce qui se joue là ce n’est pas une opposition profonde même si elle est devenu essentielle. Je me sens connecté à ces gens parce que je pense qu’on partage fondamentalement une saine colère contre les injustices de notre société.  Les chemins qu’a pris cette colère sont par contre en tout point différents. On ne lit pas les mêmes journaux, on ne regarde pas les mêmes films, on ne rit pas aux mêmes blagues, on ne fréquente pas les mêmes personnes, bref on n’est pas dans les mêmes bulles sociales. Et par conséquent, fatalement, on n’a pas le même regard sur le monde, pas le même constat politique et pas les mêmes indignations.

Pour la première fois depuis que je les connais, hier, je les ai vus s’engager dans un mouvement social et mettre un gilet jaune. Et comme à chaque fois avec ce côté de la famille, je suis le cul entre deux chaises.

Aujourd’hui j’ai majoritairement vu deux attitudes militantes par rapport à ce mouvement ayant déjà réuni près de 300 000 personnes :

  • la première consiste à railler ces militant·es et leur côté « beauf », leur désorganisation, leurs chansons « populaires », leurs bières à la main, leur manque de vision à long terme et leur manque de culture (sous-entendu de culture bourgeoise) jusqu’à leur look considéré comme « moche ».
  • La deuxième consiste, en opposition à la première, à se réjouir béatement que « des gens qui ne manifestaient jamais » soient enfin sortis exprimer leur colère.  On doit donc « écouter la colère du bon peuple » voyant sans doute par là l’interstice dans lequel on pourra planter les graines de la glorieuse révolution.

    Sans surprise, j’essaye de ne me classer ni dans l’une ni dans l’autre car, finalement, je trouve le macroniste arrogant tout autant méprisant que le militant bourgeois de gauche qui cherche à convaincre les prolos qu’ils se trompent de combat.

Non, les taxes ne sont pas le problème

Et c’est chiant parce que oui ce mouvement est clairement poujadiste (l’analyse de Lignes de Crètes ici), et même si on voit fleurir beaucoup, ici et là, des interprétations angélistes de ces revendications portées par les gilets jaunes, il s’agit en fait plus de ce que les militants progressistes rêvent de voir dans les mouvements populaires que la réalité qui, elle, est bien plus triste :

  • Une obsession pour l’apolitisme (et donc la confusion)
  • Des revendications d’ordre fiscales pour défendre des corporations
  • Une division symbolique de la société entre « élites » et « peuple »
  • Un positionnement nationaliste bercé d’images pré-révolutionnaires
  • Une glorification du travail et du mérite
  • Un rejet des services publics
  • Une tendance au complotisme
  • Un racisme et une homophobie latente
  • Une absence totale de conscience de classe
  • Aucune remise en cause du système capitaliste

La réalité en plus d’être triste, elle est donc flippante. Parce que ce que je vois se former peu à peu dans le discours de mon oncle et de ma tante, c’est de la réactance. Un mécanisme psychologique d’auto-défense qui s’opère quand tu sens qu’on cherche à te faire adopter une certaine vision du monde ou quand tu ressens qu’on cherche à restreindre tes libertés d’action. Bah le monde libéral, il en a créé de la réactance dans ma famille.

Ce sont les médias libéraux qui invitent des Zemmour, font des sujets sur l’insécurité ou martèlent la question de l’immigration et de l’islam.
Et, quand je vois que ce côté de la famille est prêt à accepter une grande restriction des libertés de beaucoup (comprendre ici ceux qui ne sont pas le peuple donc les non-blanc·hes, les banlieusard·es, les personnes au RSA, les musulman·es, les féministes, les juifs, les banquiers, les hommes politiques, etc.) pour (pensent-ils) conserver la leur, je flippe. Et dans la start-up nation, pays des petites entreprises et donc des petits patrons en galère, c’est pas étonnant que se forment ce genre de revendications.


Je pense que ce qu’il faut que les gens comprennent, c’est que le confusionnisme est une stratégie qu’utilise aujourd’hui l’extrême-droite pour percer. Si on n’apprend pas à la reconnaitre, si on n’arrive pas à la déconstruire, c’est une stratégie brutalement efficace.

Le problème c’est que le confusionnisme a pour principale tâche de faire penser qu’il n’existe pas. L’idée étant de brouiller les cartes idéologiques, il est de bon ton de dire que le clivage gauche/droite est dépassé. Que le problème ce sont les 1% qui détiennent tout dans leur tour d’ivoire. Que les antifascistes sont financés par des grands groupes capitalistes. Que les questions de genre ou de racisme sont une manœuvre pour détruire le ciment identitaire de la nation.

Le confusionnisme c’est surtout nous empêcher de prendre conscience de nos intérêts communs, de cibler les structures qui nous oppriment et de déployer des stratégies efficaces pour s’en émanciper.

Et quand on ne conçoit plus le « nous », qu’on se formalise par un agrégat de « je » autour de positions quasi-affinitaires, sans bases solides, c’est à la fois une défaite pour les dominé·es et une victoire pour le capitalisme et la kyriarchie (système de dominations plurielles) qui préfère 100 fois mettre en avant un rassemblement de gilets jaunes sans ligne politique, qu’un mouvement social pour le droit du travail comme on l’a vécu avec la loi Macron, quand bien même la seconde aurait mis en mouvement trois fois plus de manifestant·es que la première.

Les cadres des partis quand ils regardent les Gilets Jaunes

C’est alors que les charognards de tous les partis d’opposition se combattent pour le cadavre mort-né d’une contestation floue et donc récupérable. Que ce soit au Rassemblement National, chez les Républicains ou dans la France Insoumise, tout le monde a bien compris qu’il y avait là quelque chose à tenter, quelque chose à reprendre.

Mais nous ne sommes pas des vautours, on entend la détresse, on partage la colère mais cette colère, on l’a mutée en détermination.

  • déterminé·es à refonder une conscience politique par l’éducation collective
  • déterminé·es à repenser la lutte avec les campagnes, avec les ouvrier·es, avec les sans-papiers, avec les sans-voix.
  • déterminé·es à établir des stratégies pour contrer d’un côté le capitalisme libéral mais aussi sa cristallisation fasciste.

    Et tout ça on ne pourra le faire qu’avec du temps, de la rigueur et une bonne gestion de notre énergie.

    Le mouvement des gilets jaunes a existé et existera peut-être encore c’est un fait. Mais ce n’est pas en le validant (soutien critique TMTC) qu’il changera dans son essence. Laissons-le mourir, concentrons-nous sur notre travail militant quotidien, sur nos actions sociales de terrain, sur notre travail d’analyse et sur notre combat contre l’extrême-droite partout où elle se faufile insidieusement.

    Ce mouvement réactionnaire (qui n’a rien de spontané) de détresse et de colère, globalement cajolé par la police et la Nation, n’aura pas notre soutien. Aux dernières nouvelles, combattre l’extrême-droite, ce n’est pas la rejoindre sur les barricades.