Sur la fiabilité des « versions officielles »

Il est coutume de considérer la source officielle comme fiable. Cette considération part du principe que celui qui dispose d’une vision d’ensemble de tous les éléments, qui dispose des compétences qu’il peut utiliser de la façon la plus efficace possible, c’est l’État. Dans un crash d’avion, un scandale financier, une guerre, un attentat, on se tourne naturellement vers un organisme institutionnel pour obtenir l’information la plus fiable possible.

Mais que se passe-t-il quand les intérêts de l’émetteur de l’information rencontre un conflit d’intérêt, que se passe-t-il quand la version officielle est un mensonge ?

Christophe Castaner a menti de très nombreuses fois sur les violences policières

Dans la nuit du 27 au 28 mars 2019, Ange Dibenesha, un habitant du Raincy de 31 ans, est arrêté lors d’un contrôle routier pour un taux d’alcoolémie positif. 72h après, il meurt à la Salpêtrière. Après que sa mère eut posté une vidéo posant des questions, et mettant en lumière le silence de la police, l’affaire devient virale. Des personnalités relaient l’information sur les réseaux sociaux, la presse s’en fait l’écho. Le dimanche, juste après son décès, une version officielle est livrée, et dresse un portrait à charge, c’est à dire, celui d’un toxicomane qui aurait plusieurs identités, qui aurait avalé une substance inconnue devant les policiers. Le 5 avril, les dernières analyses démontrent qu’il a avalé 25g de cocaïne devant l’équipage chargé de le garder en attendant un véhicule pour le placer en dégrisement.

Ange Dibenesha

De nombreuses questions subsistent dans cette affaire, dans la façon de traiter ce cas. Peut être que la préfecture livre un récit qui colle à la réalité, mais nombreux sont ceux chez qui le doute s’est installé. S’agit-il de complotisme ? Peut-on raisonnablement douter de la version officielle ?

Ça ne serait pas la première fois que l’État ment.

Yves Jannier est le procureur de Pontoise. Celui qui a été saisi au moment de la mort d’Adama Traoré. On sait qu’il a menti. Sciemment. Et à plusieurs reprises, pour couvrir les gendarmes.

Collectif qui demande la vérité et la justice pour Adama Traoré

A Sivens, Rémi Fraisse est tué par une grenade lancée par des gendarmes. L’enquête a démontré un grand nombre de mensonges, par omission, ou non, de toute la chaine hiérarchique, allant des gendarmes sur place jusqu’à Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’intérieur, du parquet d’Albi jusqu’à Christiane Taubira.

Le mouvement des gilets jaunes a donné lieu, pendant trois mois, à de nombreuses violences policières, dont plusieurs ont été documenté. Zyneb Redouane est une femme de 80 ans qui, voyant l’émeute se dérouler dans son quartier, choisit de fermer ses volets. Elle est touchée à la tête par un palet de lacrymogène, et décédera des suites de l’opération 24h plus tard. La version officielle est que son décès est dû à son âge, et à des complications d’ordres médicales, occultant par la même la raison qui l’a envoyé en chirurgie.

Le collectif Adama demande également la vérité pour Zineb

Genevière Legay est une militante des gilets jaunes. Le 23 mars, à Nice, elle est prise dans une charge de la police, est poussée violemment et chute au sol. Hospitalisée, elle est tenue sous la garde d’un service de sécurité privé mandaté par le préfet pour tenir à l’écart les journalistes. La version officielle, donnée le jour même par Christophe Castaner, dédouane les policiers, ce que l’enquête viendra contredire quelques jours plus tard.

Joèl Mathurin, préfet à Besançon, s’est empressé de livrer une version à charge contre un gilet jaune frappé à la tête le 30 mars, alors même que plusieurs documents vidéos montrent que le geste du policier est purement gratuit et contraire à toutes les pratiques autorisées.

Le jeune frappé sans raison secouru par les street médics

Un autre aspect de cette façon de communiquer est de laisser filtrer en off des informations à charge, via les syndicats policiers. Il ne s’agit pas ici d’une version officielle, mais quand ces informations viennent protéger l’institution quand celle-ci est mise en cause, elles remplissent le même rôle. La « source policière » bénéficie du même crédit que la source officielle.

A ce titre, Théo Luhaka, jeune aulnaysien dont les violences subies ont été filmées, s’est vu infliger des pressions de toute part. Des informations en off sur lui et sa famille, ont été dévoilées durant tout le long du temps médiatique de l’affaire.

Plus récemment, un membre du collectif Désarmons-les, interpellé parce qu’il détenait des munitions vides, afin d’illustrer une conférence sur les usages policiers, a vu son casier judiciaire transmis en off à des journalistes.

Une stratégie dangereuse

Les mensonges d’Etat ne sont pas une nouveauté. Le pouvoir a toujours utilisé certaines méthodes douteuses pour protéger ses intérêts. Ce qui a changé, c’est qu’à l’ère des réseaux sociaux, de la multitude de caméras, de la démocratisation des moyens de communication, la communication de crise se doit d’être rapide et spectaculaire. Cette pratique moderne doit donc justifier l’injustifiable, excuser l’inexcusable, prendre la défense de ses affidés, et éventuellement faire sauter le bon fusible au bon moment pour éviter le seul vrai drame craint par le pouvoir, le procès en légitimité.

La communication de crise repose donc sur différentes méthodes : le mensonge, le mensonge par omission, la mauvaise foi, et la communication en off. Dans un contexte social tendu, le président lui-même appuie une version mensongère à propos de Geneviève Legay, tout en couvrant Benalla, Emelien et d’autres de ses proches. Dans le même temps, il ira jusqu’à déclarer qu’on ne peut pas parler de violences policières dans un Etat de droit, donnant une cohérence aux versions que nous livrent le pouvoir ces derniers mois.

Benalla escortant le Président

Si on connait les objectifs et les outils du pouvoir, tout ça ne serait pas possible sans la participation active d’une partie des médias, celle qui n’accorde du crédit qu’à la version officielle, peu importe si celle ci n’est pas crédible un instant. De la part de ces journalistes, le soutien est inconditionnel. Cette pratique est d’autant plus visible que les impératifs d’un journal qui publie en ligne imposent une publication rapide de dépêches quasi brutes.

Ce système repose également sur la complicité d’autres institutions, et services de l’État. La justice, qui côtoie la police et qui entretient une relation particulière avec. Dans le cas de Geneviève Legay, la question de la duplicité de la direction de l’hôpital est une question qui semble légitime. Dans d’autres cas, un recteur, un directeur de lycée, un élu…

Geneviève Legay aux pieds des policiers

On peut donc légitimement se poser de sérieuses questions sur les versions officielles, en particulier dans les cas où la police est mise en cause. Quand la police tue ou mutile, ou « seulement » ne respecte pas ses propres procédures, les droits d’un mis en cause et la déontologie, remettre en question l’ordre établit n’est pas du conspirationnisme. Se prémunir contre la tentation du complot, tout comme celle de céder sa confiance aveuglement à l’Etat, impose de connaître les circuits de fabrication de l’information.

Pour toutes ces raisons, je ne crois pas les versions officielles.

Article proposé par Pavel

Contre la participation des éditions Ring à la foire du livre

Le texte qui suit reprend en partie une lettre envoyée à Grégory Laurent, commissaire général de la foire du livre de Bruxelles, à laquelle il n’a pas répondu pour le moment.

Du 14 au 17 février 2019, pour la troisième année consécutive, les éditions Ring seront présentes à la foire du livre de Bruxelles. Nous nous opposons à la participation, jamais remise en question, d’une maison dont les auteurs principaux sont des acteurs phares de l’extrême-droite culturelle et qui s’est déjà rendue responsable de nombreuses campagnes de harcèlement.

Lors d’une discussion qui s’est déroulée en avril 2018 au sujet de la présence des éditions Ring et de leur auteur Marsault à la Foire du Livre de Bruxelles, Grégory Laurent affirmait que leur participation relevait d’une erreur. L’organisation se serait aperçue tardivement de leur inscription et de la nature de cette maison, et il était alors trop tard pour les refuser. Pourtant, Ring disposera à nouveau d’un stand lors de la foire du livre 2019, avec Zineb El Rhazoui, Laurent Obertone, Armelle Carbonel, Mattias Köping et Papacito. Contacté au début du mois de février, le commissaire général de la Foire du Livre affirme ne pas être en mesure de refuser la location d’un stand lors de son événement. Visiblement pieds et poings liés, ni l’organisation de la Foire, ni les institutions comme la Communauté Française (qui nous encourage quand même, à demi-mot, à réagir publiquement), ne s’estiment capables de priver l’éditeur de la fantastique vitrine qu’ils lui offrent.

Ring (à propos de laquelle Libération proposait ici un portait) publie de la littérature noire et de genre, mais ses best-sellers sont des livres qui développent des argumentaires ultra-réactionnaires, écrits par des auteurs coqueluches de la fachosphère. Ils ont, d’une part, un grand succès et de solides moyens financiers, une bonne exposition sur internet qui leur permet, via une communication sensationnaliste, de propager des idées misogynes, racistes, fascistes, et, en outre, la capacité de déchaîner leur communauté sur quiconque les critique (en l’occurrence souvent sur des femmes) sous forme de campagnes de cyber-harcèlement.

Puisqu’il semble évident que l’organisation de la Foire du Livre connaît les éditions Ring et que leur participation a été sujette à débat, nous serions très curieux de connaître la véritable teneur des arguments avancés au cours de ces discussions. Nous nous demandons sincèrement pourquoi un tel événement devrait se charger de la promotion d’un éditeur d’extrême-droite. Peut-on se permettre de faire passer Ring pour une maison d’édition comme les autres ? Et les idées portées, avec une grande visibilité (par la voie du livre mais aussi sur youtube), par leurs auteur.ice.s, pour des idées anodines ?

On trouve facilement sur internet une longue littérature critique très factuelle sur les éditions Ring (on peut notamment consulter ici le dossier de presse du site Lignes de Crêtes). Même si ce n’est pas exhaustif, nous vous proposons de résumer dans les paragraphes suivants pourquoi nous sommes en droit de considérer les éditions Ring comme une maison inquiétante.

Harcèlement

Ring peut compter sur une communauté de fans d’une véhémence inouïe lorsqu’il s’agit d’écraser les critiques, à tel point que prendre position face à eux revient à s’exposer au risque de recevoir quantités de messages d’insultes et de menaces.

Ce 18 janvier, le dessinateur Marsault a été condamné à une amende de 5000 euros (et 5000 autres en sursis) ainsi qu’à 2000 euros d’indemnisation pour avoir appelé au harcèlement en ligne de Megane Kamel, militante féministe et antifasciste, en 2016. Le 2 février, suite à une longue diatribe publiée par l’auteur sur facebook, reprise par ses comparses Laurent Obertone et Papacito, la militante recevait à nouveau de nombreux messages d’insulte, de menace et d’incitation au suicide3.

Cette affaire n’est pas isolée puisqu’en septembre 2018, notamment, après l’annulation d’une de ses expositions dans la galerie parisienne Art-Maniak, Marsault avait déchaîné sa fanbase sur la dessinatrice Tanxxx.

Laurent Obertone s’est également illustré dans des affaires de harcèlement, comme l’explique le site Lignes de Crêtes :

« Laurent Obertone a fait de même en ciblant notamment une de nos contributrices Nadia Meziane, et notre site, mais aussi un auteur et une autrice qui s’étaient exprimés contre sa venue au théâtre de l’Atelier. Ring a immédiatement relayé son offensive, et visé d’autres de nos contributeurs […] A chacune de leurs diatribes, les personnes visées sont insultées et menacées sur leurs pages, mais également par messages privés, certaines d’entre elles voient leur adresse personnelle diffusée largement. Les appels au signalement massif entraînent la fermeture de leurs profils et de pages professionnelles sur les réseaux sociaux.

Ces méthodes ne sont ni anecdotiques, ni isolées. La rumeur diffamatoire, le harcèlement en ligne, la chasse en meute sont des méthodes très ordinaires pour l’extrême-droite française, et ciblent aussi bien des anonymes que des personnalités publiques. Ces dernières années, certaines d’entre elles ont quitté les réseaux sociaux ou/et ont dû porter plainte devant une violence qui s’exprimait aussi dans le réel. Et Ring s’inscrit dans le cadre de cette offensive permise aussi par la complaisance de Facebook et de Twitter pour les propos discriminatoires, antisémites, racistes, sexistes, homophobes »4.

Lorsque Ring relaie ces différentes campagnes, et surtout, lorsque l’éditeur menace directement ses détracteurs de « réponses virales », il se rend responsable des mêmes délits que ses auteurs.


À propos de deux auteurs invités : Laurent Obertone et Papacito

Il semble que, plus que la présence des éditions Ring elles-mêmes, la venue de certains de leurs auteurs embarrasse l’organisation de la Foire et les institutions. Nous incriminons directement la responsabilité de Ring, et nous n’estimons pas sa participation acceptable, même dans le cas où elle ne présenterait qu’une sélection de ses ouvrages moins polémiques. Nous estimons nombre de leurs auteurs comme problématiques, mais nous ne nous pencherons ici, par souci de brièveté, que sur deux d’entre eux.

Abondamment cité en exemple au sein de la fachosphère et par des militant.e.s d’extrême-droite, Obertone s’est rendu responsable chez Ring d’une série d’« essais » destinés à démontrer, au moyen de manipulations de faits divers et de statistiques, l’influence néfaste de l’immigration en France, et d’un roman d’anticipation, Guérilla, décrivant une guerre civile entre « Français de souches » et immigrés dans une France presque contemporaine. Son dernier livre paru, La France interdite, semble être un modèle d’intox5, et son succès dans un contexte ou la notion de « Grand remplacement » devient une hypothèse défendable au sein du débat public, ne cesse d’effrayer. 

Quant à Papacito, il n’y a pas besoin de consulter très longtemps une de ses nombreuses vidéos  postées sur youtube pour constater la violence de leur contenu viriliste et raciste. Il sera présent à la foire pour mettre en avant sa nouvelle bande-dessinée, en collaboration avec Marsault, dont les deux premières pages visibles sur facebook démontrent déjà un contenu amplement misogyne et lesbophobe.

On se souvient également de sa tentative de création (avec le youtuber Raptor dissident), au moment où des milices identitaires allaient débloquer brutalement des universités françaises, d’un réseau social en ligne où les personnes inscrites obtenaient des points et des grades en fonction des actions effectuées dans la vie réelle : « Raptor & Papacito lancent l’idée de “Monte une équipe” durant le printemps 2018. Le but étant de créer des groupes de patriotes dans diverses régions de France, comme Suavelos Oppidum mais avec le communautarisme blanc en moins »6. L’initiative a finalement tourné court suite à la réaction de militant.e.s, mais de nombreux groupes de « patriotes » se sont constitués spontanément.

Tout se vaut ?

Pour certains, toute critique opposée à un acteur du champ culturel serait à bannir car elle constituerait une atteinte à la liberté d’expression. Nous considérons que tous les livres, tous les auteurs ne sont pas défendables, notamment s’ils mentent, notamment si leurs idéaux sont fascisants. Dénoncer leur dangerosité ne revient pas à les censurer :

  1. Parce que nous ne sommes pas l’État, nous ne censurons pas. Ring peut continuer à éditer et vendre ses livres.
  2. Parce que refuser de faire la promotion d’un éditeur ne revient pas à le censurer. La Foire du Livre est un événement de grande ampleur, gratuit, tout public, volontiers familial et « résolument généraliste ». Elle n’a pas à organiser et à favoriser la communication d’une entreprise dont la propagation d’idées violentes est le fonds de commerce. Elle est financée au moyen de subventions institutionnelles qui ne devraient pas être affectées au soutien de structures délétères. En outre, peu de visibilité est offerte aux petites structures et de nombreuses maisons d’éditions indépendantes ne sont pas non plus présentes à la foire du livre, parce qu’elles n’en ont pas les moyens : personne ne criera à la censure en ce qui les concerne.
  3. Parce qu’on ne peut pas censurer une voix qui s’exprime déjà partout. Nous ne considérons pas le discours porté par Ring et ses auteurs comme marginal. La circulation des idées racistes, masculinistes et nationalistes dans les médias, sur internet, sur youtube (youtube et facebook sont le terrain de jeu privilégié des éditions Ring) et au sein du champ intellectuel est manifeste. La montée générale de l’islamophobie, les politiques migratoires meurtrières, les victoires en Europe et ailleurs de personnalités fascistes comme le développement décomplexé des mouvements d’extrême-droite nous empêchent de considérer la révolution conservatrice qui s’est emparée du débat public comme un phénomène négligeable.

Pour ceux qui craignent un effet Streisand, il faut répéter que Ring est une maison à succès. Elle a, notamment sur internet, pignon sur rue. Si nous risquons peut-être, en attirant l’attention sur eux, de leur faire de la publicité, nous sommes en revanche convaincus que ne pas s’opposer à eux reviendrait à accepter leurs idées comme supportables.


En conclusion

Nous nous opposons catégoriquement à la participation des éditions Ring à la Foire du Livre de Bruxelles et vous encourageons à partager un maximum ce texte afin que de moins en moins de personnes puissent ignorer la nature de leurs activités. Ring et ses auteurs ne doivent pas se sentir tout puissants et tout permis, le dégoût que nous inspirent leurs idées doit tacher leur image.

                                Un collectif franco-belge d’acteurs culturels

Sources :

° https://foireduring.tumblr.com/?fbclid=IwAR1GiLNgnwglAcU5X90ouWQ_4xHh6v1gEgXVDeixa-SJ0yrkymhFbWuIEks

° https://oeilsurlefront.liberation.fr/actualites/2017/01/15/ring-des-editions-qui-sentent-le-soufre_1541637

° https://www.lignes-de-cretes.org/marsault-obertone-ring-et-ses-auteurs-le-coup-de-poing-dextreme-droite-permanent/

° https://www.lignes-de-cretes.org/marsault-dessinateur-dextreme-droite-condamne-pour-harcelement/

° https://www.lignes-de-cretes.org/marsault-obertone-ring-et-ses-auteurs-le-coup-de-poing-dextreme-droite-permanent/

° https://bourgoinblog.wordpress.com/2018/10/15/la-france-interdite-de-laurent-obertone-tromperies-sur-limmigration-et-embrouille-ideologique/

 °  http://logosoral.over-blog.com/2018/10/demonte-une-equipe.htm

La Récup’ : guide pratique

La récup’ alimentaire. C’est une jolie expression pour expliquer qu’on fouille dans les poubelles à la recherche de denrées alimentaires jetées par les magasins.

Quand on connait des personnes qui « font de la recup' », on a tendance à se dire que nous aussi on devrait s’y mettre. C’est vrai quoi y’a que des bonnes raisons : 1/3 des produits alimentaires sont jetés car invendus, on consacre entre 20 et 40% de notre budget à l’alimentation et, bon jeter de la nourriture c’est quand même un truc aberrant quand on arrive pas tous à se nourrir correctement.

Bref que ce soit pour des raisons éthiques, environnementales, économiques ou culturelles, on est tou·te·s légitimes à faire de la récup’. Mais pour le faire, il faut savoir comment.

Parce que se lancer tout·e seul·e dans le grand bain (ou dans la grande benne) c’est pas évident quand on flippe de se faire prendre, de choper des maladies ou tout simplement de ne rien trouver.

C’est pour ça que chez Eunomia, on a décidé de vous proposer un petit guide pratique à imprimer en recto-verso. Est-ce que c’est légal ? Comment y aller ? Qu’emporter avec soi ? Quelles sont les étapes d’une bonne récup’ ? Vous aurez la réponses à toutes ces questions juste ici : 

Recto
verso

Et pour télécharger le guide complet c’est ici

Voilà voilà on vous laisse partir à la découverte de cette activité super géniale ! bonne récup’ !

Uber : La course ou la vie


Article proposé par CH sur la page Si tu veux mon avis

Si tu veux mon avis, la mort d’un livreur Uber Eats le 17 janvier dernier à Pessac, en banlieue de Bordeaux, c’est tout sauf un accident.

Quand Deliveroo, Uber Eats et Foodora se sont lancés, c’était l’eldorado pour les livreurs. Les courses étaient plutôt courtes et très bien payées. Les livreurs arrivaient à dégager un revenu conséquent. Bien-sûr, si le job de livreur était aussi bien payé,c’était uniquement pour attirer de nombreux coursiers. Au fil des mois et des années, la rémunération des livreurs n’a fait que baisser. Les distances de livraison, elles, se sont allongées.

Désormais, certains clients sont dans des zones périphériques,parfois des zones industrielles où il est très dangereux de rouler à vélo sur des routes sans piste cyclable, au milieu des camions,des zones mal éclairées où il y a des travaux et des engins de chantier partout, bref, des zones qui ne sont absolument pas adaptées à la circulation de vélos. La baisse des tarifs pousse les livreurs à aller toujours plus vite si ils veulent maintenir un niveau  correct.

Deliveroo et Uber ont également mis en place un système de prime qui lui aussi pousse les livreurs à aller toujours plus vite. Ce système est le suivant : sur une plage horaire donnée, par exemple le dimanche soir de 19h à 23h, un livreur recevra une prime de 20€ si il effectue 8 livraisons, une prime de 35€ si il effectue 12 livraisons et une prime de 50€ si il effectue 15 livraisons. Pour les livreurs, le dilemme est simple,soit ils ne roulent pas trop vite et font en sorte de ne pas avoir d’accident, et dans ce cas ils n’ont pas de prime et touchent une rémunération très faible qui ne permet pas de vivre correctement,soit ils roulent très vite et se mettent en danger dans l’espoir d’obtenir une prime afin de pouvoir vivre dignement.

Il y a trois ans, en travaillant 20 heures par semaine, un livreur pouvait dégager un revenu correct. Aujourd’hui, pour dégager le même revenu, il doit travailler entre 30 et 40 heures. 40 heures de vélo par semaine, dans le froid et sous la pluie en hiver, sous une chaleur insoutenable en été. Moins de temps de repos, la nécessité d’aller toujours plus vite. La fatigue s’accumule, les clients sont toujours plus loin, il y a trois ans, c’était très rare de dépasser les 2km entre le restaurant et le client, aujourd’hui ce sont les commandes en dessous de 3km qui sont devenues rares. Alors oui, les commandes longues sont un peu mieux payées que les courtes, mais clairement, les livreurs sont perdants au change. Une fois qu’on est en périphérie, il faut revenir dans le centre, et voilà encore 2km d’avalés et avec eux encore plus de fatigue physique et psychologique.

 Uber Eats a envoyé un mail à tous ses livreurs suite au décès de Franck. Dans ce mail, ils déplorent un tragique accident. Il ne s’agit pas d’un accident. Si ces entreprises, pour leur profit, ne poussaient pas les livreurs à rouler toujours plus pour  moins, si ces entreprises, pour leur profit, n’obligeaient pas les livreurs à rouler dans des zones dangereuses et absolument pas adaptées aux vélos, Franck serait toujours en vie. Si les bourses étudiantes permettaient de vivre dignement, si le prix de la vie ne faisait pas qu’augmenter encore et encore, si il était possible de se loger pour moins de 500€ par mois, Franck serait toujours en vie. Si l’État avait régulé les plateformes de livraison de repas en leur interdisant par exemple de faire livrer dans des zones trop excentrées, Franck serait toujours en vie.

Uber, Deliveroo, assassins !

Petit guide de l’insurrection en milieu urbain

crédit photo : Adèle Löffler

Petit guide pratique à destination des manifestant·e·s qui convergeront samedi : Étudiant·e·s, lycéen·ne·s, gilets jaunes, travailleur·se·s, syndicats, quartiers populaires, écolo, fonctionnaires, anarchistes, communistes etc.

Connaître ses droits

Il est impératif, face à la police de bien connaître ses droits et donc les limites légales de leur pouvoir de répression.

Que faire quand on est contrôlé·e, arrêté·e, accusé·e, jugé·e en comparution immédiate ou fiché·e ? Toutes les réponses sont dans cette brochure du syndicat de la magistrature : « guide du manifestant arrêté » ainsi que dans cette brochure « Face à la Police – Face à la justice » du collectif CADECOL :

Savoir filmer la Police

N’oubliez pas que le meilleur moyen de se défendre légalement contre la police c’est de la filmer, et on a le droit. Connaitre bien les limites de ce droit c’est pouvoir refuser des abus. De la même manière bien savoir filmer c’est aussi protéger nos camarades de manifestation

Un petit rappel de ce à quoi sont astreints les policier en terme de droit à l’image se trouve dans le brochure « filmer la police » et petit guide de pratique vidéo en manif dans la brochure « Les usages des caméras en manifestation »

Protéger ses camarades et se protéger soi-même

Mais en premier lieu, si vous ne devez en lire qu’une seule, ça serait cette brochure :

Dans ce « Kit D’autodéfense juridique et médicale » vous saurez tout sur le déroulement d’une garde à vue, des médicaments à prendre avec soi contre l’arsenal de la police ou des différents corps constitués que vous rencontrez dans la rue.

Bonne manifestation, soyez solidaires les un·e·s des autres et ne lâchez rien !

Pourquoi les startupeurs ne cessent-ils pas d’exister ?

Il n’y a pas d’alternative à l’esprit start-up

Il y a 2 ans, quand Take Eat Easy a fait faillite, ce sont 400 000 euros qui n’ont pas été payés aux cyclistes. Aujourd’hui, ses co-fondateurs Adrien Roose et Karim Slaoui lèvent 10 millions pour un nouveau concept de start-up écrit sur un coin de table (lire « La mémoire courte des golden-cowboys »).

Il y a 2 mois, Julien Foussard, golden boy en vogue encensé à VivaTech (le grand salon français “consacré à l’innovation technologique et aux start-up”) pour sa startup disruptive (Oyst, permettant d’acheter en un clic), était inquiété par la justice pour avoir extorqué environ 100 millions d’euros à des particuliers français avec une arnaque aux faux sites administratifs, un “service”, pourtant gratuit via le site officiel, qui finissait par vous coûter 15 euros par mois.


Pour pas mal de monde, le délire collectif autour de cette Start-up Nation™ et ses success stories est incompréhensible et totalement détaché du réel, des vrais chantiers à entreprendre en société.

Chaque société a besoin d’un rêve collectif, et nous n’avons pas réussi à imaginer un futur “émancipateur” (par exemple des liens sociaux plus riches, grâce à une économie et un urbanisme alternatifs, une solidarité réduisant la souffrance…).

Mais nos liens sociaux sont détruits. Le bonheur ne peut être désormais qu’individuel, jamais collectif et tissé d’amitiés fortes, d’amours, de famille(s) (au sens large de ce que pourrait être une “famille”), voire même (!) de sentiment d’appartenance à une communauté, car immédiatement “communautariste”.

Du coup nous sommes bloqué·es avec ce qu’il reste : un imaginaire “par défaut”, où on ne bouillonne pas de rage face aux injustices que l’on observe et que l’on ressent. Ainsi, il nous raconte que le monde est peut-être un endroit injuste, cruel et froid, qui ne fera certainement qu’empirer jusqu’à son effondrement, mais où au moins, peut-être, un jour, “au moins nous”, “au moins moi et mes proches”, on réussira à triompher, des autres, de ses voisin·es, de ses difficultés personnelles : la preuve, d’autres auraient pourtant réussi “à partir de rien” à “monter un business” et enfin vivre la belle vie.
Enfin ne plus avoir à se soucier de sa misère et de celle des autres. “Et si je n’y arrive pas, je n’ai qu’à m’en prendre à ma stupidité ou mon manque de débrouillardise.”

Deuxième à gauche, Julien Foussard à VivaTech donc (Bernard Arnault à sa droite)

Culpabiliser sans distinction toutes les personnes pensant ainsi serait un peu à côté de la plaque : c’est un lieu commun de dire que les gens qui vivent plutôt bien la situation socio-économique actuelle ont un intérêt intrinsèque, si ce n’est à répandre activement, au moins à laisser se répandre cette pensée individualiste.
A cela s’ajoute le mécanisme de dissonance cognitive : il est tellement coûteux émotionnellement de s’avouer à soi-même (et d’en tirer les conséquences dans sa vie personnelle) que la réussite individuelle de tou-tes est une supercherie, et que ce “rêve” permet à une violence terrible de perdurer. Paradoxalement, il est peut-être plus “naturel”, en tout cas compréhensible, de se morfondre tout·e seul·e sur ses propres échecs “individuels”, quand leur cause n’est pas si individuelle que ça.

Quand on parle de créer un nouvel imaginaire émancipateur, il faut donc prendre la tâche au sérieux, ce qui signifie aussi ne pas fabriquer cet imaginaire à seule destination des milieux où les gens ont déjà réveillé leur soif de nouveaux imaginaires. Si quelqu’un aujourd’hui passif (et déprimé) face à ce grand récit de la start-up salvatrice se voyait suggérer un autre imaginaire collectif, appropriable et investissable construit avec des références culturelles et des mots qui lui parlent, pas sûr que cette personne resterait à se morfondre avec l’autre imaginaire, qui de toute façon ne lui a jamais été favorable.

Que retenir du mouvement « gilets jaunes »

On est dimanche 18 novembre et depuis plusieurs semaines déjà, les milieux militants s’écharpent autour de la question des gilets jaunes et de leur manifestation nationale du 17 novembre : « j’y vais ou j’y vais pas ? », « j’soutiens ou j’soutiens pas ? ». Bah aujourd’hui on est dimanche et c’est un peu trop tard pour se décider. La manifestation c’était hier et apparemment, on a pas fini de s’écharper.

Je sais pas vous mais moi, je suis pas hyper étonné de ce qui se passe. On est depuis un bout de temps dans un climat délétère politiquement. Perso je l’ai compris en famille.  En effet, tout les ans, je vais visiter ma famille qui vit dans le sud-est de la France. Un petit village pas loin d’Aix-En-Provence où mon arrière grand père est arrivé avec sa famille d’Italie pour fuir le fascisme. C’est dans les cartons de vieilles affaires que j’ai retrouvé il y a peu, ses cartes du PCF et de la CGT datées de 1945 dûment timbrées ainsi que des lettres écrites en italien faisant état d’un réseau de résistance.

C’est un côté de la famille que j’aime beaucoup parce qu’il me connecte à une autre réalité que celle que je vis. Loin de la banlieue toulousaine, des milieux militants précaires et du travail social quotidien.  Mais depuis des années on ne se comprend pas politiquement. Mon oncle et ma tante travaillent toute l’année, ils font de nombreux kilomètres chaque semaine pour ce travail. Quand je vais les voir, au dîner, le ton monte toujours un peu.

Je me retrouve à chaque fois piégé dans des conversations où je dois les écouter se plaindre de la théorie du genre, du mariage pour tous, de l’islam en France, de la corruption des élites, de la baisse de leur pouvoir d’achat et de la hausse de leurs taxes.  Je suis donc condamné à contre-argumenter indéfiniment pour replacer les questions économiques dans une rhétorique de lutte contre le capitalisme, les questions de corruption dans la lutte contre L’État et ses institutions hiérarchiques, et parfois même les affronter violemment sur les questions féministes, LGBT+ ou décoloniales.

Non, c’est sûr, on lit pas la même presse

Pourtant ce qui se joue là ce n’est pas une opposition profonde même si elle est devenu essentielle. Je me sens connecté à ces gens parce que je pense qu’on partage fondamentalement une saine colère contre les injustices de notre société.  Les chemins qu’a pris cette colère sont par contre en tout point différents. On ne lit pas les mêmes journaux, on ne regarde pas les mêmes films, on ne rit pas aux mêmes blagues, on ne fréquente pas les mêmes personnes, bref on n’est pas dans les mêmes bulles sociales. Et par conséquent, fatalement, on n’a pas le même regard sur le monde, pas le même constat politique et pas les mêmes indignations.

Pour la première fois depuis que je les connais, hier, je les ai vus s’engager dans un mouvement social et mettre un gilet jaune. Et comme à chaque fois avec ce côté de la famille, je suis le cul entre deux chaises.

Aujourd’hui j’ai majoritairement vu deux attitudes militantes par rapport à ce mouvement ayant déjà réuni près de 300 000 personnes :

  • la première consiste à railler ces militant·es et leur côté « beauf », leur désorganisation, leurs chansons « populaires », leurs bières à la main, leur manque de vision à long terme et leur manque de culture (sous-entendu de culture bourgeoise) jusqu’à leur look considéré comme « moche ».
  • La deuxième consiste, en opposition à la première, à se réjouir béatement que « des gens qui ne manifestaient jamais » soient enfin sortis exprimer leur colère.  On doit donc « écouter la colère du bon peuple » voyant sans doute par là l’interstice dans lequel on pourra planter les graines de la glorieuse révolution.

    Sans surprise, j’essaye de ne me classer ni dans l’une ni dans l’autre car, finalement, je trouve le macroniste arrogant tout autant méprisant que le militant bourgeois de gauche qui cherche à convaincre les prolos qu’ils se trompent de combat.

Non, les taxes ne sont pas le problème

Et c’est chiant parce que oui ce mouvement est clairement poujadiste (l’analyse de Lignes de Crètes ici), et même si on voit fleurir beaucoup, ici et là, des interprétations angélistes de ces revendications portées par les gilets jaunes, il s’agit en fait plus de ce que les militants progressistes rêvent de voir dans les mouvements populaires que la réalité qui, elle, est bien plus triste :

  • Une obsession pour l’apolitisme (et donc la confusion)
  • Des revendications d’ordre fiscales pour défendre des corporations
  • Une division symbolique de la société entre « élites » et « peuple »
  • Un positionnement nationaliste bercé d’images pré-révolutionnaires
  • Une glorification du travail et du mérite
  • Un rejet des services publics
  • Une tendance au complotisme
  • Un racisme et une homophobie latente
  • Une absence totale de conscience de classe
  • Aucune remise en cause du système capitaliste

La réalité en plus d’être triste, elle est donc flippante. Parce que ce que je vois se former peu à peu dans le discours de mon oncle et de ma tante, c’est de la réactance. Un mécanisme psychologique d’auto-défense qui s’opère quand tu sens qu’on cherche à te faire adopter une certaine vision du monde ou quand tu ressens qu’on cherche à restreindre tes libertés d’action. Bah le monde libéral, il en a créé de la réactance dans ma famille.

Ce sont les médias libéraux qui invitent des Zemmour, font des sujets sur l’insécurité ou martèlent la question de l’immigration et de l’islam.
Et, quand je vois que ce côté de la famille est prêt à accepter une grande restriction des libertés de beaucoup (comprendre ici ceux qui ne sont pas le peuple donc les non-blanc·hes, les banlieusard·es, les personnes au RSA, les musulman·es, les féministes, les juifs, les banquiers, les hommes politiques, etc.) pour (pensent-ils) conserver la leur, je flippe. Et dans la start-up nation, pays des petites entreprises et donc des petits patrons en galère, c’est pas étonnant que se forment ce genre de revendications.


Je pense que ce qu’il faut que les gens comprennent, c’est que le confusionnisme est une stratégie qu’utilise aujourd’hui l’extrême-droite pour percer. Si on n’apprend pas à la reconnaitre, si on n’arrive pas à la déconstruire, c’est une stratégie brutalement efficace.

Le problème c’est que le confusionnisme a pour principale tâche de faire penser qu’il n’existe pas. L’idée étant de brouiller les cartes idéologiques, il est de bon ton de dire que le clivage gauche/droite est dépassé. Que le problème ce sont les 1% qui détiennent tout dans leur tour d’ivoire. Que les antifascistes sont financés par des grands groupes capitalistes. Que les questions de genre ou de racisme sont une manœuvre pour détruire le ciment identitaire de la nation.

Le confusionnisme c’est surtout nous empêcher de prendre conscience de nos intérêts communs, de cibler les structures qui nous oppriment et de déployer des stratégies efficaces pour s’en émanciper.

Et quand on ne conçoit plus le « nous », qu’on se formalise par un agrégat de « je » autour de positions quasi-affinitaires, sans bases solides, c’est à la fois une défaite pour les dominé·es et une victoire pour le capitalisme et la kyriarchie (système de dominations plurielles) qui préfère 100 fois mettre en avant un rassemblement de gilets jaunes sans ligne politique, qu’un mouvement social pour le droit du travail comme on l’a vécu avec la loi Macron, quand bien même la seconde aurait mis en mouvement trois fois plus de manifestant·es que la première.

Les cadres des partis quand ils regardent les Gilets Jaunes

C’est alors que les charognards de tous les partis d’opposition se combattent pour le cadavre mort-né d’une contestation floue et donc récupérable. Que ce soit au Rassemblement National, chez les Républicains ou dans la France Insoumise, tout le monde a bien compris qu’il y avait là quelque chose à tenter, quelque chose à reprendre.

Mais nous ne sommes pas des vautours, on entend la détresse, on partage la colère mais cette colère, on l’a mutée en détermination.

  • déterminé·es à refonder une conscience politique par l’éducation collective
  • déterminé·es à repenser la lutte avec les campagnes, avec les ouvrier·es, avec les sans-papiers, avec les sans-voix.
  • déterminé·es à établir des stratégies pour contrer d’un côté le capitalisme libéral mais aussi sa cristallisation fasciste.

    Et tout ça on ne pourra le faire qu’avec du temps, de la rigueur et une bonne gestion de notre énergie.

    Le mouvement des gilets jaunes a existé et existera peut-être encore c’est un fait. Mais ce n’est pas en le validant (soutien critique TMTC) qu’il changera dans son essence. Laissons-le mourir, concentrons-nous sur notre travail militant quotidien, sur nos actions sociales de terrain, sur notre travail d’analyse et sur notre combat contre l’extrême-droite partout où elle se faufile insidieusement.

    Ce mouvement réactionnaire (qui n’a rien de spontané) de détresse et de colère, globalement cajolé par la police et la Nation, n’aura pas notre soutien. Aux dernières nouvelles, combattre l’extrême-droite, ce n’est pas la rejoindre sur les barricades.

Kanaky : Combat pour l’indépendance

Article proposé par CH de la page « Si tu veux mon avis »

Si tu veux mon avis, le référendum d’auto-détermination de la Kanaky (territoire dont le nom officiel reconnu par l’État français est Nouvelle-Calédonie) est certes un simulacre, mais il apporte néanmoins de nombreux enseignements.

Bon déjà pour comprendre la situation, il faut se replonger un peu dans l’histoire. Je connais pas par coeur l’histoire du territoire mais je me suis un peu intéressé pour pouvoir comprendre les tenants et aboutissants du référendum.
Du coup la Kanaky (ou Nouvelle-Calédonie) c’est un territoire sur lequel vivent des kanaks depuis des milliers d’années selon des traditions locales. Ce territoire a été découvert par les occidentaux au 18ème siècle et colonisé par la France en 1853. Après la colonisation, la France utilise le territoire kanak pour y envoyer des prisonniers de la métropole et notamment des communards après 1871 mais aussi des algériens révoltés contre la colonisation française de l’Algérie dans le but de « développer » ce territoire et de rendre la population autochtone minoritaire. Des milliers de kanaks meurent du fait des maladies apportées par les nouveaux arrivants. Les terres des kanaks sont volées et ceux-ci sont parqués dans des réserves, alors pourtant que dans la culture kanak, la terre est quelque chose de prédominant. À partir de 1887, les kanaks passent sous le code de l’indigénat qui les prive de la plupart de leurs droits, c’est ce même code qui a été appliqué dans de nombreuses colonies françaises.

L’ordre et la morale : film sur la révolte d’Ouvéa

Mais les kanaks ne se laissent pas faire, des révoltes éclatent sur l’archipel en 1878 contre la colonisation et en 1917 contre l’envoie forcé de kanaks sur le front dans le cadre de la première guerre mondiale. Après la seconde guerre mondiale, tout s’accélère, des mouvements indépendantistes s’organisent et dans les années 80, le territoire est en situation de quasi insurrection, l’état d’urgence est décrété, l’armée française est envoyée sur place. En 1988, des indépendantistes kanaks prennent d’assaut un post de gendarmerie de l’occupant français en opposition à un projet de re-découpage territorial de l’archipel, ils tuent quatre gendarmes et en prennent d’autres en otage. Ils se réfugient dans une grotte à Ouvéa, l’armée d’occupation française envoie le GIGN qui commet un massacre : 19 indépendantistes kanaks sont lâchement assassinés. Suite à cet évènement, des négociations s’ouvrent et un référendum est prévu pour 1998, celui-ci a en suite été repoussé à 2014 pour enfin avoir lieu aujourd’hui, le 4 novembre 2018, 30 ans après les évènements d’Ouvéa.

Voilà un très bref résumé de l’histoire de la Kanaky, histoire qui a amené au référendum d’indépendance. Aujourd’hui, la société calédonienne est encore très divisée entre kanaks qui représentent environ 40% de la population et caldoches (descendants de colons) qui représentent environ 30% de la population, les 30% restant étant pour la majorité des polynésiens.

Les kanaks vivent dans les quartiers pauvres, ont moins accès aux études, font des jobs précaires, le taux de chômage des kanaks est plus élevé, il y a bien plus de kanaks que de caldoches dans les prisons de l’archipel, les kanaks vivent au nord et à l’est de l’archipel, dans des territoires pauvres, pendant que les caldoches vivent les pieds dans l’eau dans des belles maisons dans le sud-ouest de l’Île, la zone la plus peuplée. L’archipel a les plus grosses réserves de Nickel au Monde (un minerai rare et très convoité aujourd’hui car utilisé dans les appareils électroniques). L’exploitation de ces réserves profite bien plus aux caldoches qu’aux kanaks. Aujourd’hui, la langue kanak est en train de disparaître et il est encore difficile pour les kanaks d’avoir ne serait-ce que le droit d’étudier leur histoire et non celle de la France à l’école. Face à toutes ces injustices, les kanaks sont aujourd’hui encore très majoritairement indépendantistes.

Quand on regarde les résultats du référendum, on voit qu’il y a 43% de oui à l’indépendance, c’est bien plus que ce qui était prévu dans les sondages. Mais surtout, quand on regarde une carte du découpage des voix, on voit que ça correspond parfaitement au découpage ethnique de l’Île. Les territoires à majorité kanak ont voté très largement pour l’indépendance alors que les territoires caldoches ont voté contre. Les voix des polynésiens semblent être partagées mais majoritairement contre l’indépendance, ce qui a permis au non de l’emporter, comme prévu par l’État français.

L’enseignement principal c’est que l’immense majorité des kanaks ne veulent pas être français et que, de fait, ça leur est imposé. Ils veulent que LEUR île soit indépendante, mais l’État français a bien organisé leur remplacement démographique depuis un siècle et demi de telle sorte qu’aujourd’hui, c’est la voix des descendants de colons ou des personnes envoyées de force en Kanaky qui l’a emportée, c’est la voix des personnes venues vivre les pieds dans l’eau dans des belles maisons au détriment du peuple kanak qui l’a emportée sur le droit du peuple kanak à disposer de lui-même et de son territoire.

La France est encore une puissance coloniale, on le voit en Kanaky mais aussi à La Réunion, à Mayotte, en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, en Polynésie française mais aussi en Corse. La France utilise encore les territoires colonisés pour garantir une retraite dorée au soleil à sa bourgeoisie et pour s’assurer une mainmise sur les richesses naturelles des territoires colonisés.

L’indépendance peut s’obtenir par un référendum, mais par un vrai référendum, pas par un simulacre dans lequel les colons peuvent voter pour maintenir leur domination. Non, c’est au peuple colonisé de voter, les caldoches n’auraient pas du avoir le droit de voter aujourd’hui.

Mais le combat pour l’indépendance passe avant tout par le fusil, les martyrs d’Ouvea nous le rappellent. Le combat du peuple kanak est loin d’être terminé et les débuts de révoltes en cours dans les quartiers pauvres majoritairement kanaks de Nouméa nous rappellent que partout où il y a oppression, il y a résistance, que la lutte pour l’auto détermination et contre le colonialisme et l’impérialisme est longue et se fait par étapes. L’étape d’aujourd’hui a permis de prouver au Monde entier que le peuple kanak veut être indépendant. La lutte héroïque des résistants kanaks face à la puissance impérialiste française doit être une force pour tous les peuples opprimés à travers le Monde, les kurdes, les palestiniens, les guyanais, les irlandais du Nord, les corses, les basques, les martiniquais et bien d’autres. Le processus de décolonisation est long et il ne se suffit pas à lui même car il doit nécessairement s’accompagner d’une lutte intense face aux formes plus vicieuses de colonisation qui consistent à laisser une apparente souveraineté pour mieux piller les ressources d’un territoire.

Les militants révolutionnaires, en France métropolitaine, doivent combattre contre l’impérialisme de l’État français afin que celui-ci laisse les peuples opprimés s’auto déterminer.

Vive la Kanaky libre, gloire aux martyrs d’Ouvéa ! Le combat continue !

Populisme : l’enfant du libéralisme

Article proposé par CH sur la page « Si tu veux mon avis »

Si tu veux mon avis, la période est tout à fait propice au fait d’expliquer pourquoi il n’y a pas d’opposition entre « libéraux » et « populiste ».

En Europe, on nous explique depuis des années qu’il y a d’un côté les libéraux, qui seraient progressistes, ouverts sur le Monde, qui véhiculeraient des valeurs positives, et de l’autre les populistes, démagogiques, fermés, bref, l’extrême droite.

En fait, cette opposition est totalement artificielle. Pour s’en rendre compte, je vais faire un parallèle entre la situation au Brésil et la situation en France.

Lors de l’élection présidentielle française de 2017, on a eu Macron Vs Le Pen au second tour et on a eu droit à la leçon sur Macron le progressiste qu’il faut préférer à Le Pen la populiste. Déjà, Le Pen est une fasciste, elle est issue d’un parti fasciste, les idées qu’elle défend sont fascistes, elle est alliée à l’échelle nationale, européenne et mondiale avec des mouvements fascistes, mais non, le qualificatif qui lui colle à la peau dans la bouche des politiciens libéraux et des médias c’est « populiste » et non « fasciste ». Le fait d’utiliser le terme populiste plutôt que le terme fasciste en dit long, en effet, c’est révélateur d’une volonté de discréditer tous les mouvements qui tiennent un discours en direction des masses, que ce discours soit fait de mensonges opportunistes comme celui de Le Pen ou qu’il soit sincère et construit comme c’est le cas de celui de certaines organisations communistes révolutionnaires.

En suite, cette opposition artificielle a une seule vocation : légitimer un discours et une politique ultra libérale, au service exclusif de la bourgeoisie, faite de mesures anti pauvres.
Mais il ne faut pas se leurrer pour autant, Le Pen n’est en aucun cas la candidate « du peuple », elle n’est pas plus « sociale » que Macron et si son parti se fait passer depuis des années pour un parti se préoccupant du sort des plus pauvres, ce n’est que de la poudre aux yeux, ce n’est rien d’autre qu’une stratégie politique d’un parti fasciste s’inscrivant dans un contexte particulier.

Montée du Fascisme partout en Europe : ici en Slovaquie

En fait, tout n’est qu’une question de contexte et de stratégie politique. Dans le contexte actuel en France, après des années de mesures antisociales, les mouvements fascistes n’ont pas d’autres choix que de se présenter comme étant préoccupés par les questions sociales si ils veulent pouvoir se faire passer pour des mouvements anti système, si ils veulent attirer vers eux les masses qui ont été dégoûtées par la politique menée par l’UMP et le PS. Mais comme la France n’est pas dans un contexte de crise aigüe, comme il n’y a pas de risque important d’insurrection en France, le fascisme n’apparaît pas encore comme étant absolument nécessaire pour la bourgeoisie, celle-ci se contente donc très bien d’un gouvernement libéral, feignant de se préoccuper des droits de l’Homme, pour gérer l’État.

Maintenant, il suffit de voir ce qu’il se passe dans des pays où les mouvements sociaux sont forts, où le risque d’insurrection est élevé et où des mouvements révolutionnaires gagnent en influence pour comprendre que le fascisme n’est rien d’autre qu’un instrument de la bourgeoisie. Le Brésil en est le partait exemple.

Dimanche soir, le fasciste Jair Bolsonaro a été élu Président du Brésil sur la base d’un programme ultra réactionnaire, violent, autoritaire, mais également très libéral sur les questions économiques. Quand on écoute les partisans de Bolsonaro, ceux-ci n’ont de cesse de dire qu’ils tueront les communistes et les gauchistes. Et pour cause, le Brésil a connu de très nombreux mouvements sociaux d’ampleur ces dernières années, il y a des mouvements révolutionnaires forts au Brésil, des mouvements qui n’ont fait que gagner en influence ces dernières années, alors au Brésil, le fasciste Bolsonaro, appuyé par la bourgeoisie, a fait le choix stratégique de revendiquer une politique économique libérale et une politique sécuritaire et sociétale ultra autoritaire, et ça a payé. Bolsonaro a gagné de nombreuses voix dans les Favélas du pays, zones où les populations n’en peuvent plus de vivre au milieu d’une guerre que se livrent les gangs et les cartels de drogue, c’est sur le thème de la sécurité qu’il a séduit les habitants de ces zones. Mais Bolsonaro a surtout gagné le coeur de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie brésilienne, en effet, il est arrivé en tête dans 97% des villes les plus riches du pays alors que son opposant, Fernando Haddad du parti des travailleurs, est arrivé en tête dans 98% des villes les plus pauvres.

Les fascistes sont toujours au service de la bourgeoisie, ils adaptent leur discours au contexte, ce qui fait qu’il n’y a aucune cohérence, que les positions politiques des mouvements fascistes ne sont pas linéaires. Il suffit de voir comment le Front National proposait des mesures économiques ultra libérales dans les années 90 alors qu’aujourd’hui il feint de s’opposer au libéralisme. Les mouvements communistes révolutionnaires, au contraire, doivent être cohérents dans leurs propositions. Ils doivent être conscients du contexte dans lequel ils agissent mais ne doivent pas, de manière opportuniste, changer perpétuellement de position sur des sujets importants au gré des modes politiques.

Les unes des mêmes médias libéraux qui se demandent comment l’extrême droite peut monter en France

Il ne faut pas oublier également que ce sont les politiciens libéraux, prétendument progressistes, qui sont responsables de la montée en puissance des mouvements fascistes, ce qui n’est pas étonnant finalement étant donné que les deux ont vocation à servir les intérêts de la bourgeoisie. En effet, en reprenant à leur compte les thématiques imposées par les fascistes dans le débat public depuis des années, les libéraux ont contribué à faire de ces thématiques des sujets centraux et ainsi à faire gagner du crédit politique aux organisations fascistes, le dernier exemple en date de cela est le clip de campagne du gouvernement pour les élections européennes qui nous présente deux options en matière d’immigration : maîtriser ou subir.

Face aux mouvements fascistes qui prospèrent en Europe occidentale en se faisant passer pour les défenseurs des intérêts des plus pauvres, face aux mouvements fascistes qui prospèrent en Turquie, aux Philippines, au Brésil et ailleurs car la bourgeoisie les considère comme l’ultime ressource face aux mouvements révolutionnaires communistes et au risque d’insurrection, nous devons opposer une résistance radicale, radicalement antifasciste, exposer publiquement la vraie nature des mouvements fascistes. En parallèle de cette résistance, nous devons faire avancer la lutte des classes, nous devons faire avancer la Révolution, car seule la prise de pouvoir de la classe ouvrière pourra triompher du capitalisme et de son allié le fascisme.

Nick Conrad et la Panique Morale

Article proposé par CH sur la page « Si tu veux mon avis »

Si tu veux mon avis, la polémique sur le clip «  » »anti-blanc » » » du rappeur Nick Conrad est assez hallucinante et en même temps révélatrice des méthodes viles de l’extrême droite et de la façon dont les médias se délectent de ce genre de polémiques pour faire de l’audimat.
Bon déjà il suffit de regarder le clip et d’écouter les paroles pour comprendre, si on est pas de mauvaise foi ou idiot, que non, ce clip et ce morceau ne sont pas un appel au meurtre des blancs.

Nick Conrad ne fait qu’inverser des situations ayant déjà existé et dans lesquelles des blancs ont tué des noirs. Le clip fait référence notamment au film American History X et à la célèbre séquence dans laquelle un néo-nazi blanc tue un jeune noir en lui explosant la mâchoire sur le rebord du trottoir avec le pied. Il y a également des références aux pendaisons de noirs par le Ku Klux Klan, notamment quand un blanc est pendu à un arbre. Dès le début du clip, il y a la phrase « cours pour sauver ta vie, cours pour sauver ta peau » qui rappelle les nombreux noirs assassinés notamment par le KKK aux États-Unis.

Pour ce qui est du texte, on a dès le début la phrase « ôtez leur toute humanité, qu’ils ne soient que des objets sans vie dès à présent » qui rappelle les esclaves noirs ayant été traités comme des objets pendant des siècles.

On a en suite « possédez les, mettez vos noms sur leurs testaments » qui rappelle la spoliation des objets de valeur en Afrique par les puissances coloniales et le fait que juridiquement, les esclaves noirs étaient la possession de leur maître.

Juste après ça Nick Conrad dit « qu’ils nous appartiennent dans les profondeur de leur inconscient » ce qui rappelle la façon dont le racisme qu’ont subi les noirs s’est tellement profondément installé dans la société que certains noirs eux-mêmes ont pu être convaincus qu’ils ne sont que la possession des blancs.
Un peu plus tard dans le morceau il dit « fournissez les en armement, laissez les s’entretuer (…) que leur mort génère beaucoup d’argent » ce qui est une référence directe aux nombreux massacres et conflits ethniques qui ont encore lieu aujourd’hui en Afrique avec dans de nombreux cas des armes fournies par les puissances occidentales, ce qui rapporte gros aux marchands d’armes.

Plus tard on a l’expression claire que son morceau est un inversement de la situation quand il dit « je viens inverser le commerce gulair-trian », c’est à dire le commerce triangulaire dans le cadre duquel les esclaves noirs étaient vendus aux blancs, lui même dit donc dans le morceau qu’il s’agit d’une inversion.
En fait, tout le clip et tout le morceau sont basés sur une inversion des rôles dans des évènements historiques et dans le film American History X. Ce procédé d’inversion est un procédé provocateur visant à interpeller le public, à lui montrer à quel point la situation vécue par les noirs a été et est toujours horrible.

On peut critiquer la méthode, on peut débattre sur l’efficacité d’un tel procédé, on peut affirmer que le clip et les paroles du morceaux sont peut être un peu trop violents pour être bien accueillis, mais il faut être carrément malhonnête ou idiot pour prendre ce morceau au premier degré, pour considérer que son auteur souhaite réellement pendre les blancs.
Et donc là, pour un clip qui a fait à peine quelques milliers de vues, on a une polémique nationale, toutes les grandes chaînes d’info sont en boucle, toutes les personnalités politiques sont amenées à donner leur avis, et c’est encore et toujours l’extrême droite qui récupère les gains politiques de cette polémique à deux balles. Sur tous les plateaux télés on nous explique que c’est horrible, que ça représente un danger pour la société, sur tous les plateaux télés on a que des blancs qui sont unanimes pour dire qu’il faut une condamnation sévère et personne ne prend le temps d’analyser les paroles et le clip pour en ressortir les éléments que j’ai cités plus haut et qui donnent une toute autre tournure à ce morceau.

Pochette de l’album de Kontigent 88 « Un jour viendra »

Ce qui est carrément hallucinant, c’est que des gens osent dire « et vous imaginez si quelqu’un avait fait l’inverse ? ». Sauf qu’en fait l’inverse ça existe, des groupes de rock néo-nazis il y en plusieurs en France, nombre de leurs morceaux sont sur YouTube, certains appellent carrément au meurtre et pour le coup c’est pas de la provocation, ces groupes arborent des symboles nazis, font des saluts nazis dans leurs concerts, font régulièrement des ratonnades violentes etc. Je prends l’exemple du groupe néo nazi Kontingent 88 (8 étant la place de la lettre H dans l’alphabet et 88 signifiant Heil Hitler) qui a sorti un morceau intitulé « Mohamed » dans lequel ils appellent à tuer « Mohamed » et à le laisser dans son sang. Et là aucune métaphore, aucune référence littéraire, non là c’est de l’appel au meurtre clair et net. Est-ce qu’on a une enquête judiciaire immédiate, est-ce que tous les médias étaient en boucle, est-ce que tous les politiques ont réagi ? Non là c’est silence radio, ces groupes font des concerts oklm sans que ça fasse un tollé dans les médias. Donc avant de dire « vous imaginez les réactions si c’était l’inverse » ben renseignez vous et vous verrez que l’inverse existe et que justement pas grand monde réagit.
On peut ajouter que la version du clip que nous avons tous vue est une version tronquée :

Nick Conrad a publié sur YouTube un clip qui dure un peu plus de 8 minutes avec au début une intro de 4 minutes sous forme de court métrage. Sauf que sur YouTube, son clip a été remis plusieurs fois sans l’intro, et il se trouve que beaucoup de chaînes qui ont mis le clip en ligne appartiennent à des personnes d’extrême droite qui ont mis en description des trucs du genre « ne signalez pas ce clip, il faut que tout le Monde puisse voir que les noirs souhaitent nous tuer bla bla bla ». Sauf que l’intro qui manque apporte du crédit au propos de Nick Conrad qui est, en somme, de dénoncer le racisme en inversant les rôles pour choquer. Du coup, l’extrême droite, avec la malhonnêteté crasse qu’on lui connaît, a préféré couper le clip et ne pas montrer cette intro.

Dans cette intro, Nick Conrad est en voiture et il voit un blanc tout seul, il l’agresse et le met dans sa voiture puis le ramène chez lui, apparemment ça fait référence à une séquence du film « Get Out » mais je peux pas vous l’assurer car je n’ai pas vu ce film. En suite il dit au blanc qu’il va le tuer sauf si il réussie à s’enfuir en courant très rapidement. Il inverse les rôles en reprenant à son compte les clichés sur les noirs qui courent vite, il parle même de l’ADN blanche. En suite il lui dit « il va falloir que tu cours comme Michaël Jordan, comme Usain Bolt, comme Ngolo Kante, comme Kylian Mbappe, comme Michael Johnson ». Jusque là que des références à de grands athlètes noirs. En suite les noms cités prennent un tournant politique lorsqu’il dit « il va falloir que tu cours comme Tommie Smith ».

Tommie Smith est un athlète noir américain célèbre pour avoir, avec John Carlos, baissé la tête, levé le poing ganté de noir et refusé de chanter l’hymne américain alors qu’il venait de gagner une médaille d’or aux Jeux Olympiques de 1968 pour dénoncer la ségrégation raciale aux États-Unis. À noter que Nick Conrad a inclus au montage non pas une image de Tommie Smith en train de courir mais bien la célèbre image de lui en train de lever le poing.

Tommie Smith (au centre) aux Jeux Olympiques de Mexico en 1968

Nick Conrad dit en suite « pour remonter encore plus loin, il va falloir que tu cours comme Jesse Owens ». Jesse Owens est un athlète noir américain célèbre pour avoir remporté quatre médailles d’or aux jeux olympiques de Berlin en 1936, jeux olympique devant être pour Hitler une occasion de montrer la supériorité de la race aryenne. Jesse Owens s’était également positionné contre la ségrégation raciale en vigueur à l’époque aux USA. En suite Nick Conrad laisse le blanc partir en courant et lui tire une balle dans le dos puis le morceau commence.
Cette séquence vient compléter l’analyse. Et bordel ça montre qu’une fois de plus les journalistes font pas leur taff, ils auraient pu regarder le clip en entier, l’analyser, analyser les paroles, mais non, ils ont préféré faire du buzz pour rien. Ça montre aussi au passage à quel point l’extrême droite est malhonnête.