Introduction à la Sociologie

Bon ici le but ça va être de parler le plus simplement possible de la sociologie. Cette discipline mystérieuse sur laquelle tout le monde semble avoir une opinion mais que pas grand monde n’arrive à définir.

Partant du principe que la socio c’est un truc qui sert vachement à comprendre le monde dans lequel on vit, et de proposer éventuellement des solutions pour améliorer les choses, on s’est donné pour objectif de rendre ça un peu moins opaque histoire de rendre cet outil formidable plus accessible.

Du coup la Sociologie c’est quoi ?

les humain·e·s forment des groupes. C’est comme ça.

« l’homme est un animal social ». Vous avez peut-être déjà entendu ça. En fait, ca veut dire que les humain·e·s, tout au long de leur histoire, depuis l’ère des chasseurs-cueilleurs, ont cherché à s’associer (d’ailleurs c’est de là que ça vient le « socio » de sociologie qui veut dire « association »).

Iels ont formés des collectivités de plus en plus vastes et complexes pour vivre et travailler. D’abord des familles, puis des clans, puis des tribus, des villages, des cités, des villes et enfin des états-nations.

Oui bon, j’ai un truc avec les HLM

Le « logie » de sociologie marque quant à lui le fait qu’on étudie ces types d’associations car notre inclination à vivre et travailler ensemble a conduit à la formation des sociétés civiles dans lesquelles nous vivons aujourd’hui.

Ces sociétés ont été modelées par l’accroissement de nos connaissances et de notre technique (bah oui va vivre dans un HLM en bois et en peaux de bêtes).

Mais à l’inverse il faut aussi prendre conscience que les sociétés dans lesquelles ont vit ont une influence certaine sur nos comportements (vivre dans un HLM par exemple) et conditionnent pratiquement tous les aspects de notre existence.

la fameuse pyramide du capitalisme qui a priori ne vient pas des extra-terrestres

Du coup, la sociologie c’est l’étude du comportement des individus au sein des groupes humains et des façons dont ces collectivités façonnent les comportements.
L’objectif c’est, entre autres de déterminer comme ces groupes fonctionnent et quelles sont les lois auxquelles ils obéissent, quelles sont les lois qui les maintiennent et quelles sont les lois qui les transforment.

C’est donc une analyse théorique des :
– processus sociaux (comme la Discrimination)
– structures sociales (comme les trois ordres de l’ancien Régime)

Par ailleurs il faut bien garder en tête que la Sociologie a également pour but de proposer des solutions, donc d’être un outil dans l’élaboration de la politique sociale d’un·e pays/entreprise/région etc.

Les sociologues quant à eux, choisissent entre différents objets d’études (à propos de quoi on va réfléchir / ce que l’on va analyser) : On peut se concentrer sur les institutions (l’Etat, la science, la prison etc.), sur les différents groupes sociaux (les femmes, les ouvrier·e·s, les immigré·e·s etc.), ou sur les interactions et les expériences des individus (le mariage, l’entrée dans l’âge adulte, la guerre etc.).

Ainsi, quand on fait de la sociologie, on a toujours un des deux regards possibles sur le société : on peut l’analyser comme une entité en soi dont on regarde le fonctionnement, la structure ou l’organisation. On peut aussi l’analyser comme une somme d’individus dont on regarde le comportement, les interactions et les relations.

Un peu comme si vous pouviez choisir de regarder la société soit avec un microscope soit avec un télescope. Deux perspectives complémentaires pour bien comprendre le monde dans lequel nous vivons.

Les philosophes apportant la lumière sur le monde. LOL

Il est intéressant aussi de noter que la sociologie est une discipline plutôt récente. Y’avait certes des notions comme celles de « société civile » déjà présentes chez les philosophes de l’Antiquité mais ils se concentraient plus sur leur gestion politique (comment on doit gérer et gouverner la cité) que sur l’analyse sociologique (comment la cité fonctionne-t-elle ?).

Et même si ce sont les philosophes antiques qui ont inspiré la philosophie politique, la sociologie quant à elle, est plutôt née des mutations qu’a connue la société occidentale d’abord au siècle des Lumières puis avec la Révolution Industrielle. (on en reparlera)

En effet, en remettant en question les certitudes traditionnelles fondées sur la religion, les philosophes des lumières ont sapé non seulement l’autorité symbolique de l’Eglise mais aussi du Roi et de sa noblesse (ce qui mena entre autres aux révolutions française et américaine).

A la suite de ces dernières la volonté était d’instaurer des formes de gouvernement plus représentatives. Au même moment, les progrès technologiques et les machines modifiaient la manière de produire et de vivre : ce fut la naissance des grandes citées industrielles.

La Société et la Modernité

Du coup, quand on dit que la sociologie est née de la révolution industrielle c’est parce que le changement des modes de vie a été si brutal que beaucoup de personnes ont eu le sentiment de rentrer dans une nouvelle époque qualifiée par un terme : la modernité.

Zemmour qui se rend compte qu’il déplore la même chose que les réacs du XVIII ème siècle

Les « penseur·se·s » de l’époque ont donc eu différentes manière d’interpréter et d’analyser ces changements brutaux. Certain·e·s se sont borné à déplorer l’effondrement des anciennes formes de cohésion sociale (les différentes choses qui cimentaient les groupes d’humain·e) comme les liens familiaux, l’esprit communautaire, les croyances religieuses partagées etc.
D’autres ont compris que ces forces nouvelles allaient déterminer ce qu’on, à la fois, considérera comme un chaos et à la fois comme un nouvel ordre social.

Et comme les philosophes des Lumières avaient déjà créé un lien direct entre la réflexion, l’analyse et la rationalité scientifique, c’est tout naturellement que les premier·e·s penseur·se·s du « fait social » se sont d’emblée placé·e·s dans une perspective scientifique.

En effet, les sciences de la nature (astronomie, physique, chimie, biologie) étant déjà bien établies, le moment était venu de faire de l’étude de la société une discipline à part entière et donc distincte de la philosophie et l’histoire.

Adam Smith qui a sans doute le plus beau portrait de sa génération

Étant donné le contexte économique et social (début de la révolution industrielle + essor du capitalisme), il était logique que la science économique soit la première à voir le jour avec la parution en 1776  des « Recherches  sur la nature et les causes de la richesse des nation » d’Adam Smith.

Mais à la même époque, les écrits d’Adam Ferguson et quelques temps plus tard ceux de Claude Henri de Saint Simon, préfiguraient déjà ce qu’allait être la démarche sociologique.

Max Weber, trois fois champion inter-régional de froncement de sourcils catégorie sénior

C’est cependant Auguste Comte qui, en cherchant au début du siècle suivant (le XIXème donc) à faire de l’étude de la société un science rigoureuse et selon lui « positive » (le fait de décrire le réel selon ce qu’il est, et non selon ce qu’on pense qu’il devrait être), a véritablement établi les principes de la nouvelle discipline à laquelle il a donné le nom de « sociologie ».

Après lui sont venus les trois grand « pères fondateurs » de la science sociale : Karl Marx, Émile Durkheim et Max Weber.
Chacun de ces messieurs va attribuer à l’avènement et au fonctionnement nouveau de la société moderne un cause différente :

– Le capitalisme et la lutte des classe selon Marx
– L’industrialisation selon Durkheim
– La rationalisation et la sécularisation selon Weber

(on développera tout ça dans le prochain article)

Au moyen de ces thèses nouvelles, ils ont à la fois délimité l’ensemble du domaine et des sujets d’étude de la sociologie de l’époque et à la fois donné naissance aux principaux courants qui on dominé (et dominent toujours) cette nouvelle science sociale.

Une « Science Sociale »

Comme la sociologie est née dans une époque et un lieu (l’Europe du XIXème) où la pensée rationnelle règne quasiment partout, il est indispensable pour être prise au sérieux que ses méthodes présentent un caractère scientifique rigoureux.

Une des milliers de violence policières « exceptionnelles » signalées par an

Auguste Comte a établi des règles de bases : la nouvelle science doit reposer sur la recherche de preuves empiriques comme les sciences de la nature.
Marx lui aussi se prévaut d’une approche scientifique, et Durkheim parvient à faire reconnaitre la sociologie en tant que science sociale par l’institution universitaire.

Pour être scientifique, toute méthode de recherche doit être « quantitative ». En gros ça veut dire qu’il suffit pas de dire qu’on a rencontré « vachement » de flics qui font des abus de pouvoir et qui ne sont jamais renvoyés. Il faut pouvoir le mesurer avec des méthodes fiables et un échantillon assez large. En gros parvenir à des résultats mesurables comme « Sur les 2113 sanctions disciplinaires ont été prononcées à l’égard de fonctionnaires de police en 2015 en France (dont environ 30% concerne des violences ou atteintes lors d’interventions), seules 47 concernaient des mesures d’exclusions. (source ici).

Rencontre autour de l’ouvrage du sociologue spécialisé dans la police : Mathieu Rigouste


Tandis que Marx et Durkheim se fondent sur des faits et se réfèrent à des données chiffrées ainsi qu’à des statistiques pour étayer leurs théories, Weber soutient quant à lui que la manière dont se conduisent les acteurs sociaux (les gens ou les groupes de gens) est fondée sur le sens qu’ils donnent à leurs actions.

Ainsi, à l’opposé de l’approche quantitative et « objective » des positivistes, il prône une approche « interprétative » ou « compréhensive » centrée sur les individus et leurs motivations à agir. Rejetée par certains comme non-scientifique, cette approche a fini par être peu à peu acceptée dans la sociologie moderne. Dans la seconde moitié du XXème siècle,  cette dernière est devenue de plus en plus interprétative et compréhensive. Sa méthodologie a peu à peu combiné les techniques de recherche qualitatives et quantitatives.

La Reforme et la Révolution

« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde (…), ce qui importe, c’est de le transformer » écrit Marx. Pour lui, comme pour Comte, la sociologie doit être un moyen de comprendre le fonctionnement de la société afin de la transformer.

Comme les sciences naturelles, elle doit aboutir à des applications pratiques qui permettent d’améliorer la condition des humains. Cette conception est en quelque sorte inscrite dans les gènes de la sociologie : Pour de nombreux·ses sociologues, cette science ne se réduit pas à l’étude objective purement descriptive (dire le monde tel qu’il est) mais peut devenir prescriptive (dire ce que le monde devrait/pourrait être).

« la prison est dangereuse, quand elle n’est pas inutile » a écrit Michel Foucault dans son livre « Surveiller et Punir »

Durkheim s’inscrit dans une autre logique : Pour parvenir à faire de la sociologie une discipline reconnue et légitimée par l’institution universitaire, il a dû démontrer le caractère scientifique de la méthode sociologique mais aussi se prévaloir d’une stricte « impartialité » face à l’ébullition politique qui agitait l’Europe depuis plus d’un siècle.

Cette approche strictement scientifique et à visée impartiale a dominé la sociologie dans la première moitié du XXème siècle. Progressivement, elle s’est ensuite tournée vers des approches plus interprétatives. Les travaux de plusieurs penseurs engagés, se réclamant ou non du marxisme, qui n’ont jamais renoncé à faire de la sociologie un instrument de changement social, lui ont par ailleurs redonné son rôle pratique :

Pierre Bourdieu qui a écrit « la fonction de la sociologie, comme toute science, est de révéler ce qui est caché »

En effet, après la Seconde guerre mondiale, des sociologues comme Charles Wright Mills et Michel Foucault se sont intéressés à la problématique de l’exercice du pouvoir, à la façon dont les normes sociales (les règles qui structurent la société) s’imposent à nous et à nos moyens d’y résister.

La Sociologie est donc passée des études purement descriptives et théoriques de la société telle qu’elle est à l’élaboration de propositions pratiques pour orienter les politiques publiques et les reformes sociales (voire les révolutions dont l’apparition de la sociologie est en quelque sorte une conséquence).

En 1972, le sociologue américain Howard Samuel Becker écrivait : « La bonne sociologie (…) produit des descriptions pertinentes des organisations et des évènements, des explications valables de la façon dont ils adviennent et perdurent, et des propositions réalistes pour les améliorer ou les supprimer. »

Institutions et Individus

En raison de cet élargissement du champs sociologique, la discipline a peu à peu élargi son audience. En effet, même le grand public qui sera impacté par les politiques sociales s’intéresse donc à la sociologie.

La société est-elle un seul et même corps ou un ensemble de plein de petites cellules (pas de prison hein) ?


Cette dernière a aussi pu, petit à petit, réfléchir sur elle même : De l’analyse des structures, des groupes ou des individus de la société moderne amenant soit de la « cohésion sociale » soit des disparités, on en est venu à étudier les rapports entre ces systèmes et ces dynamiques ou entre les individus et les groupes sociaux auxquels ils sont attachés ou non.

Il y a cent ans, les sociologues se divisaient en deux catégories bien distinctes : 

– ceux qui voyaient la société et ses institutions comme un tout et/ou qui voulaient l’analyser comme tel : une approche « macrosociologique » donc.

– ceux qui voyaient la société comme une multiplicité d’expériences individuelles et/ou qui voulaient l’analyser comme telle : ayant ainsi une approche « microsociologique ».

Si la distinction macro/micro existe toujours, les sociologues reconnaissent aujourd’hui que les deux approches sont étroitement liées et de nombreuses recherches se concentrent alors sur des groupes intermédiaires comme les classes socio-economiques, les groupes ethniques, religieux et culturels ou encore les groupes définis par leurs orientations romantiques ou sexuelles.

Image d’archive d’une manifestation de Black Feminism

Autre facteur de changement, la sociologie a aussi été confrontée à l’accélération des modifications de la société.
En effet depuis la fin de la seconde guerre mondiale (1945), de très nombreuses conventions sociales (règles de conduite) ont été remises en question et remplacées par des nouvelles normes.

Les mouvements pour les droits civiques des personnes non-blanches et la lutte pour l’émancipation des femmes se sont employés à réduire les inégalités de race et de genre.
Ainsi, les théories sociologiques ont elles aussi contribué à modifier les attitudes et comportements face à la sexualité, la famille ou le travail. 

« Le rôle de la sociologie est de venir en aide à l’individu. Nous devons être au service de la liberté. » affirmera le sociologue Zygmunt Bauman.

Dans la société postmoderne

Un bouquin cool qui explique bien la notion de posmodernité

Enfin, on peut noter qu’à l’heure de la mondialisation, les récentes innovations technologiques ont amené des changements sociaux comparables (si ce n’est plus radicaux encore) à ceux provoqués par la révolution industrielle.

En effet, la robotisation et l’informatisation, l’essor des industries de service, l’émergence  d’une société de consommation ont remodelé les activités humaines à laquelle la plupart d’entre nous prenons part.

Certains ne voient dans ces évolutions que la continuation de la « modernité » évoquée plus haut. Mais d’autres estiment que nous sommes entrés dans une ère nouvelle : postindustrielle et postmoderne.

Les progrès des techniques de communication et de transport ont rétréci drastiquement l’immensité du monde , attirant en retour l’attention des sociologues sur l’importance des identités culturelles/nationales et l’impact de la mondialisation sur les populations locales.

Internet a donné naissance à des réseaux sociaux entièrement nouveaux , qui, ne reposant plus sur le fait de se côtoyer en face à face, a mis en contact des individus et des groupes sociaux qui ne se serait jamais rencontrés auparavant.

C’est aussi par ces innovations que les sociologues s’offrent des nouveaux moyens et outils recherche sophistiqués pour comprendre l’évolution de ces nouvelles structures sociales.

Conclusion

Maintenant qu’on a vu en peu de lignes ce qui fonde la sociologie on va pouvoir, la prochaine fois entrer plus en détail dans ce que disent les grandes figures de cette dernière.

Finissons par une citation de Michel Foucault qui résume pas mal ce qu’on a essayé de mettre en avant dans cet intro : « Dans une société comme la nôtre, la vraie tâche politique est de critiquer le jeu des institutions apparemment neutres et indépendantes ; de les critiquer et de les attaquer de telle manière (…) qu’on puisse lutter contre elles »

A la prochaine pour un futur combat !



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *